En bref : Joel Greenblatt propose une méthode d’investissement accessible à tous, basée sur deux critères simples : acheter de bonnes entreprises à des prix raisonnables. Sa « formule magique » a généré des rendements de 30% par an sur 17 ans lors de ses backtests. Le défi n’est pas de comprendre la méthode mais d’avoir la discipline de s’y tenir quand elle sous-performe temporairement.
Un gérant de hedge fund qui partage ses secrets
Joel Greenblatt n’est pas un théoricien de salon. Fondateur de Gotham Capital en 1985, il a généré un rendement annualisé de 40% pendant vingt ans. Ce track record exceptionnel lui donne une crédibilité rare dans un milieu où beaucoup parlent mais peu performent. Il enseigne également à la Columbia Business School, l’école qui a formé Warren Buffett.
Publié en 2005, The Little Book That Beats the Market est devenu un classique avec plus de 300 000 exemplaires vendus. Une version mise à jour, The Little Book That Still Beats the Market, a suivi pour répondre aux questions des lecteurs et actualiser les données. Le livre se distingue par sa simplicité délibérée : Greenblatt l’a écrit pour que ses enfants adolescents puissent le comprendre.
La formule magique expliquée
La « formule magique » de Greenblatt repose sur deux piliers. Le premier est le rendement du capital investi, qui mesure la qualité d’une entreprise. Une société qui génère beaucoup de profits avec peu de capital est par définition efficace. Le second est le rendement des bénéfices, qui mesure si l’entreprise est bon marché par rapport à ce qu’elle gagne.
La méthode consiste à classer toutes les entreprises selon ces deux critères, puis à combiner les classements. Une entreprise qui serait 10e sur la qualité et 15e sur le prix aurait un score combiné de 25. Les entreprises avec les meilleurs scores combinés sont celles qu’il faut acheter.
Greenblatt recommande d’acheter entre 20 et 30 actions, de les conserver un an, puis de recommencer le processus. Cette diversification limite le risque lié à une entreprise individuelle tout en permettant de bénéficier de la surperformance globale de la stratégie.
Des résultats impressionnants mais pas constants
Les backtests de Greenblatt sur la période 1988-2004 montrent des rendements annuels moyens supérieurs à 30%, contre environ 12% pour le S&P 500. Des études ultérieures sur d’autres marchés, notamment en France et dans les pays nordiques, ont confirmé que la formule surperforme les indices de 5 à 9% par an en moyenne.
Mais Greenblatt est honnête sur les limites de sa méthode. La formule sous-performe le marché environ une année sur quatre. Parfois deux années consécutives. C’est précisément là que réside la difficulté : maintenir la discipline quand la stratégie ne fonctionne pas à court terme.
L’auteur insiste sur ce point avec insistance. La partie mathématique de l’investissement est simple. La partie psychologique est redoutable. La plupart des investisseurs abandonnent une stratégie gagnante au pire moment, juste avant qu’elle ne recommence à fonctionner.
Ce que ce livre change pour un entrepreneur
L’entrepreneur comprend intuitivement la logique de Greenblatt. Acheter de bonnes entreprises à des prix raisonnables, c’est exactement ce qu’il ferait s’il devait racheter un concurrent ou investir dans une autre société. La formule magique traduit simplement cette intuition en critères quantifiables.
Le livre offre aussi une perspective utile sur la valorisation des entreprises. Les deux ratios utilisés par Greenblatt, le rendement du capital et le rendement des bénéfices, sont des indicateurs que tout dirigeant devrait surveiller pour sa propre entreprise. Une société qui améliore ces ratios devient mécaniquement plus attractive pour les investisseurs.
Enfin, la leçon sur la patience et la discipline résonne particulièrement pour les entrepreneurs. Construire une entreprise prend des années et implique des périodes difficiles. De même, une stratégie d’investissement solide demande du temps pour porter ses fruits. La tentation d’abandonner au premier obstacle est le principal ennemi du succès, en affaires comme en bourse.
Les limites du livre
La principale critique adressée à la formule magique concerne sa simplicité. Deux critères suffisent-ils vraiment pour sélectionner des actions ? Des facteurs comme la qualité du management, l’avantage concurrentiel ou les perspectives sectorielles sont ignorés. Greenblatt assume ce choix : il préfère une méthode simple que les gens appliquent vraiment à une méthode sophistiquée que personne ne suit.
Par ailleurs, le livre date de 2005. Les marchés ont évolué, les algorithmes de trading sont plus répandus, et certaines inefficiences ont peut-être été arbitrées. Les rendements futurs pourraient être inférieurs aux rendements historiques, même si les études récentes suggèrent que la formule continue de fonctionner.
Le livre reste aussi très centré sur le marché américain. L’application de la formule aux marchés européens demande quelques adaptations, notamment sur les sources de données et les critères de sélection des entreprises.
Questions fréquentes
Peut-on appliquer cette méthode sans connaissances financières ?
Oui, c’est précisément l’objectif du livre. Greenblatt a créé un site web gratuit, magicformulainvesting.com, qui génère automatiquement la liste des actions à acheter. La partie technique est donc entièrement automatisée.
Combien de temps faut-il consacrer à cette stratégie ?
Quelques heures par an suffisent. Il s’agit de consulter la liste, passer les ordres d’achat, puis renouveler l’opération douze mois plus tard. C’est une approche compatible avec un emploi du temps chargé.
Pourquoi tout le monde n’utilise pas cette méthode si elle fonctionne ?
La difficulté n’est pas intellectuelle mais émotionnelle. La formule sous-performe régulièrement sur des périodes de un à deux ans. La plupart des investisseurs n’ont pas la patience d’attendre et abandonnent avant de récolter les bénéfices.
Quel capital minimum faut-il pour commencer ?
Greenblatt recommande d’acheter 20 à 30 actions pour une diversification suffisante. Avec les frais de courtage actuels très bas, quelques milliers d’euros peuvent suffire pour démarrer, même si un capital plus important réduit l’impact des frais de transaction.
Le livre existe-t-il en français ?
Le livre a été traduit sous le titre « Le petit livre pour battre le marché ». La traduction est fidèle à l’original et reste accessible aux lecteurs francophones sans background financier.
Cette méthode est-elle compatible avec l’investissement responsable ?
La formule originale ne prend pas en compte les critères ESG. Un investisseur soucieux de ces aspects devrait filtrer manuellement les entreprises sélectionnées pour exclure celles qui ne correspondent pas à ses valeurs, au prix d’une diversification moindre.

