En bref : Un an après l’invention du « vibe coding » par Andrej Karpathy, Anthropic pousse le concept plus loin avec Opus 4.6. Le « vibe working » désigne cette nouvelle réalité où l’IA ne se contente plus d’écrire du code : elle pilote des workflows complets en finance, en droit, en bureautique. Les marchés ont tremblé, 285 milliards de dollars se sont évaporés, mais la vraie question porte sur la transformation progressive des métiers du savoir.
Du « vibe coding » au « vibe working » : retour sur une mutation express
En février 2025, Andrej Karpathy publie un post qui va marquer l’année. L’ancien directeur IA de Tesla y décrit sa nouvelle façon de coder : on parle à l’IA, on accepte ce qu’elle produit, on ne regarde même plus le code. Il appelle ça le « vibe coding ». Le terme entre dans le dictionnaire Collins comme mot de l’année 2025.
Un an plus tard, presque jour pour jour, Scott White, responsable produit enterprise chez Anthropic, va plus loin dans une interview à CNBC. Le 5 février 2026, à l’occasion du lancement de Claude Opus 4.6, il déclare : « I think that we are now transitioning almost into vibe working ». Le glissement sémantique n’est pas anodin. On ne parle plus uniquement de développeurs qui délèguent leur code à une IA. On parle de professionnels de la finance, du droit, du marketing, qui confient des pans entiers de leur travail quotidien à des agents intelligents.
Le « vibe coding » touchait les développeurs. Le « vibe working » concerne potentiellement tout le monde.
Ce qu’Opus 4.6 apporte de réellement nouveau
Pour comprendre pourquoi ce modèle a provoqué autant de remous, il faut regarder ce qu’il fait différemment de ses prédécesseurs.
La première nouveauté, ce sont les Agent Teams. Opus 4.6 peut déployer plusieurs agents IA qui travaillent en parallèle sur un même projet. Chaque agent gère une sous-tâche, et ils se coordonnent entre eux sans intervention humaine. Pour illustrer cette capacité, Anthropic a fait construire un compilateur C complet en Rust par 16 agents travaillant de concert : 100 000 lignes de code, capables de compiler le noyau Linux. Le tout pour un coût d’environ 20 000 dollars.
Deuxième changement majeur : la fenêtre de contexte passe à 1 million de tokens en version beta. En pratique, cela signifie qu’on peut soumettre au modèle un dossier juridique entier, une base de code complète ou une dizaine d’articles de recherche en une seule session. Sur le benchmark MRCR v2 à 1 million de tokens, Opus 4.6 atteint 76% contre 18,5% pour le modèle précédent. La différence est spectaculaire.
Troisième apport : l’adaptive thinking. Le modèle calibre automatiquement son niveau de réflexion en fonction de la complexité de chaque requête. Une question simple ? Réponse rapide. Un problème d’analyse financière à multiples variables ? Il prend le temps de réfléchir en profondeur. Fini le budget de réflexion fixe que l’utilisateur devait paramétrer manuellement.
Et puis il y a l’intégration directe dans PowerPoint et Excel. Claude peut désormais créer des présentations complètes en respectant la charte graphique de l’entreprise, convertir des données en graphiques, manipuler des tableurs complexes. L’IA entre dans la bureautique du quotidien.
Sur le benchmark GDPval-AA, qui mesure la performance sur des tâches de travail intellectuel à haute valeur ajoutée en finance, juridique et autres domaines, Opus 4.6 surpasse GPT-5.2 de 144 points Elo (source : Anthropic, février 2026).
285 milliards évaporés en une séance de bourse
Le 3 février 2026, Anthropic publie discrètement sur GitHub une série de plugins open-source pour Claude Cowork, son application desktop agentique. Parmi eux, un plugin juridique capable d’automatiser la revue de contrats, le tri de NDA, les workflows de conformité.
La réaction des marchés est immédiate et violente. Thomson Reuters perd 15,83% en une journée, sa plus forte chute historique. LegalZoom s’effondre de 19,68%. En Europe, Wolters Kluwer recule de 13% à Amsterdam, Capgemini de 9,2% à Paris. Au total, 285 milliards de dollars de capitalisation boursière s’évaporent en quelques heures sur le secteur logiciel.
Deux jours plus tard, le lancement d’Opus 4.6 lui-même amplifie la nervosité. Fortune titre : « Anthropic’s Claude triggered a trillion-dollar selloff. A new upgrade could make things worse. »
Pourquoi une telle panique ? Parce que les plugins Cowork ne complètent pas les logiciels SaaS existants. Ils les concurrencent frontalement. La revue de contrats, l’analyse financière, la préparation commerciale : ce sont des tâches au coeur des produits à forte marge de Thomson Reuters, de Salesforce, de RELX.
Gartner tempère pourtant : ces outils restent des « perturbateurs potentiels au niveau des tâches » mais « ne remplacent pas les applications SaaS gérant les opérations métier critiques ». Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, rappelle de son côté que les grandes organisations ont des workflows ancrés qui ne basculent pas du jour au lendemain.
Les métiers du savoir, premiers concernés
La finance et le juridique sont en première ligne. Sur le benchmark BigLaw Bench, développé par Harvey pour évaluer le raisonnement juridique, Opus 4.6 atteint 90,2% avec 40% de scores parfaits (source : Anthropic/Harvey). En analyse financière, le modèle est capable de croiser simultanément des filings SEC, des rapports d’analystes et des données de marché pour produire des synthèses que seuls des analystes seniors pouvaient réaliser jusque-là.
Le risque n’est pas celui d’un remplacement massif et soudain. La réalité est plus subtile et, d’une certaine manière, plus préoccupante. Ce sont les embauches d’entrée de gamme qui se contractent. Dario Amodei, le CEO d’Anthropic lui-même, a averti que l’IA pourrait menacer « 50% des emplois de bureau d’entrée de gamme » dans les cinq prochaines années. Les offres d’emploi débutantes aux États-Unis ont déjà baissé de 15% en glissement annuel.
Ces projections méritent d’être mises en perspective. Le MIT, dans son Project Iceberg, estime que l’IA ne couvre aujourd’hui que 11,7% du travail humain rémunéré. Oxford Economics suggère que l’IA sert parfois de « prétexte commode » pour des restructurations motivées par d’autres raisons. Le Harvard Business Review va dans le même sens : « Companies are laying off workers because of AI’s potential, not its performance. »
Ce qui se dessine, c’est une transformation du modèle pyramidal des industries de services. Moins de juniors pour alimenter le travail des seniors. Le pipeline de talents qui change de forme, pas un effondrement généralisé.
Piloter le changement plutôt que le subir
Face à ces mutations, les organisations qui s’en sortent sont celles qui investissent dans la montée en compétences. Selon le World Economic Forum, 77% des employeurs prévoient de prioriser la reconversion et la formation IA de leurs salariés d’ici 2030. Et le solde net reste positif : le WEF anticipe 170 millions de nouveaux rôles créés contre 92 millions supprimés.
Le profil professionnel évolue aussi. On passe du spécialiste étroit, expert d’un seul domaine, au profil transversal capable de piloter des agents IA, de vérifier leurs productions, de cadrer les objectifs. Ce que certains appellent le passage du « faire » au « faire faire ».
D’ailleurs, l’IA agentique se diffuse déjà dans des domaines qu’on n’associe pas spontanément à la technologie. En email marketing B2B par exemple, l’IA appliquée à l’email marketing B2B transforme la segmentation, la personnalisation et l’analyse des campagnes. Même les métiers très opérationnels commencent à intégrer ces outils.
Et c’est là que réside le paradoxe fondamental du « vibe working » : on délègue à l’IA un travail qu’on n’avait pas le temps de faire soi-même, mais il faut quand même le superviser. La compétence ne disparaît pas, elle se déplace. Du « savoir-faire » technique vers le « savoir-juger » stratégique.
Pour ceux qui veulent expérimenter concrètement, automatiser ses tâches de développement avec Claude Code offre un premier terrain de jeu accessible. Le vibe working, au fond, n’est pas une destination. C’est un apprentissage permanent.

