En bref : Aurélie Marchal propose d’appliquer le design thinking au fonctionnement interne de l’entreprise. Cette méthodologie venue du monde des designers permet de repenser l’organisation et le management en plaçant l’humain au centre. Le livre offre un cadre structuré pour concilier qualité de vie au travail et performance économique, deux objectifs souvent perçus comme contradictoires.
De l’audit bancaire à la conduite du changement par le design
Le parcours d’Aurélie Marchal explique l’angle original de son livre. Après plus de dix ans dans le secteur bancaire comme auditeur organisationnel, elle a observé de l’intérieur les dysfonctionnements des grandes organisations. Les processus rigides, les silos entre départements, les résistances au changement. Elle a aussi vu des tentatives de transformation échouer faute de méthode adaptée.
Sa découverte du design thinking à l’ENSCI et du Creative Problem Solving à l’Université Paris Descartes lui a ouvert une nouvelle perspective. Ces approches structurées de l’innovation pouvaient s’appliquer non seulement à la conception de produits, mais aussi à la transformation des organisations. En 2012, elle a fondé am-designthinking, le premier cabinet français dédié à cette discipline. Son livre synthétise les enseignements tirés de ses interventions auprès d’entreprises cherchant à se réinventer.
Le design thinking appliqué à l’organisation
Le design thinking est une méthodologie de conception et d’innovation développée à l’origine par les designers. Elle se caractérise par une démarche itérative qui alterne entre phases de divergence et de convergence. On explore largement avant de se concentrer. On teste rapidement des prototypes avant d’investir massivement. On remet en question les évidences avant de chercher des solutions.
Ce qui distingue l’approche de Marchal, c’est son application au fonctionnement interne de l’entreprise. Plutôt que de concevoir un nouveau produit, on conçoit une nouvelle façon de travailler ensemble. Les « utilisateurs » à comprendre sont les collaborateurs eux-mêmes. Leurs frustrations, leurs besoins non exprimés, leurs idées d’amélioration deviennent la matière première de la transformation.
L’auteure identifie quatre leviers sur lesquels le design thinking peut agir : l’organisation au sens des processus et de la structure, les pratiques de management, les outils de travail, et l’espace physique. Ces quatre dimensions sont interconnectées. Changer l’une sans toucher aux autres produit rarement des résultats durables. Le design thinking permet de les repenser ensemble de façon cohérente.
Une méthodologie structurée en plusieurs phases
Marchal insiste sur le caractère très structuré de la démarche. Contrairement à une idée reçue, le design thinking n’est pas un brainstorming géant où tout le monde dit n’importe quoi. C’est un processus rigoureux avec des étapes précises et des livrables attendus à chaque phase.
La phase d’empathie consiste à observer et interviewer les utilisateurs pour comprendre leur réalité quotidienne. La phase de définition synthétise ces observations en un problème clairement formulé. La phase d’idéation génère un maximum de solutions possibles sans autocensure. La phase de prototypage matérialise rapidement quelques idées prometteuses. La phase de test confronte ces prototypes aux utilisateurs pour les améliorer ou les abandonner.
Cette structure rassure les organisations habituées aux méthodologies traditionnelles. On sait où on en est, ce qui reste à faire, quand on aura terminé. En même temps, chaque phase laisse de la place à la créativité et à l’inattendu. C’est cet équilibre entre cadre et liberté qui rend la méthode efficace. L’approche partage des points communs avec Running Lean d’Ash Maurya, notamment l’importance de valider les hypothèses auprès des utilisateurs avant d’investir.
Le manager devient facilitateur
L’adoption du design thinking transforme le rôle du manager. Dans un mode de fonctionnement classique, le manager décide, délègue, contrôle. Il détient l’expertise et l’autorité. Ses équipes exécutent. Ce modèle atteint ses limites quand les problèmes deviennent complexes et que les solutions ne peuvent plus venir d’en haut.
Le design thinking repositionne le manager comme facilitateur. Son rôle est de créer les conditions pour que l’intelligence collective s’exprime. Il pose les bonnes questions plutôt que d’imposer les réponses. Il protège l’espace de créativité contre les urgences quotidiennes. Il fait converger les idées sans les étouffer prématurément.
Cette transformation n’est pas facile. Elle demande aux managers de renoncer à une partie de leur pouvoir apparent. Mais Marchal montre que les managers qui adoptent cette posture gagnent en influence réelle. Leurs équipes s’engagent davantage. Les solutions trouvées collectivement sont mieux acceptées et mieux mises en œuvre.
Concilier qualité de vie et performance
Le livre porte une ambition : démontrer que qualité de vie au travail et performance économique ne sont pas contradictoires. Trop souvent, les dirigeants voient le bien-être des salariés comme un coût ou une contrainte. Inversement, les défenseurs de la qualité de vie au travail minimisent parfois les impératifs économiques.
Marchal argumente que le design thinking permet de sortir de cette opposition stérile. En impliquant les collaborateurs dans la conception de leur environnement de travail, on obtient des solutions qui répondent à la fois à leurs besoins humains et aux objectifs de l’entreprise. Les gens travaillent mieux quand ils travaillent dans des conditions qu’ils ont contribué à définir.
Les exemples du livre montrent des entreprises qui ont amélioré leur productivité tout en réduisant le turnover et l’absentéisme. Le design thinking n’est pas de la philanthropie. C’est une approche pragmatique qui reconnaît que les collaborateurs engagés sont plus performants que les collaborateurs subissant leur environnement.
Les limites du design thinking en entreprise
Le livre a le mérite de présenter le design thinking de façon accessible aux non-initiés. Mais cette accessibilité se paie parfois en profondeur. Les lecteurs déjà familiers avec la méthode trouveront peu de nouveautés conceptuelles. L’apport principal est l’application au contexte organisationnel français.
Marchal est enthousiaste, parfois trop. Les résistances organisationnelles au changement sont évoquées mais pas suffisamment creusées. Que faire quand la direction n’adhère pas ? Quand les syndicats sont méfiants ? Quand la culture d’entreprise est profondément incompatible avec la démarche ? Ces questions épineuses mériteraient plus de développement.
Le format court du livre limite aussi la profondeur des études de cas. On aurait aimé suivre des transformations sur plusieurs années, avec leurs succès et leurs échecs. Les exemples restent souvent au niveau du témoignage ponctuel plutôt que de l’analyse approfondie.
Questions fréquentes
Le design thinking fonctionne-t-il dans toutes les entreprises ?
La méthode s’adapte à différents contextes, mais certaines conditions favorisent son succès. Un sponsor au niveau direction, une culture qui tolère l’expérimentation, et des équipes prêtes à s’impliquer. Sans ces éléments, l’adoption reste superficielle.
Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?
Un atelier de design thinking peut produire des idées en quelques jours. Mais la transformation durable d’une organisation prend des mois voire des années. Marchal recommande de commencer par des projets pilotes pour démontrer la valeur de l’approche avant de généraliser.
Faut-il faire appel à un consultant externe ?
Au début, un accompagnement externe aide à maîtriser la méthodologie et à éviter les pièges courants. L’objectif est de transférer les compétences en interne pour que l’entreprise devienne autonome. Certaines organisations forment des « facilitateurs internes » qui animent ensuite les ateliers.
Le design thinking remplace-t-il les méthodes agiles ?
Les deux approches sont complémentaires. Le design thinking intervient en amont pour identifier le bon problème à résoudre et imaginer des solutions. Les méthodes agiles interviennent en aval pour développer ces solutions de façon itérative. Beaucoup d’organisations combinent les deux.
L’auteure propose-t-elle des formations ?
Oui, Aurélie Marchal anime des formations certifiantes en design thinking à travers son cabinet am-designthinking. Ces formations sont éligibles au CPF et certifiées Qualiopi. Le livre peut servir d’introduction avant une formation plus approfondie.
Existe-t-il d’autres livres d’Aurélie Marchal ?
Elle a publié un second ouvrage intitulé « Design Thinking & Creative Problem Solving » qui compare ces deux méthodologies d’innovation. Ce livre s’adresse à ceux qui veulent approfondir les différences et complémentarités entre les approches.

