En bref : Les slasheurs incarnent une nouvelle façon de travailler où l’on cumule plusieurs activités professionnelles. Ce mode de vie offre liberté et épanouissement mais exige organisation et résilience. Une tendance de fond qui redéfinit le rapport au travail pour toute une génération.
Isabel Beguin Correa, une slasheuse qui filme les slasheurs
Isabel Beguin Correa est journaliste reporter d’images, chargée de mission en mairie, et documentariste. Elle cumule elle-même plusieurs casquettes professionnelles. Son travail « Génération Slasheur », réalisé pour la plateforme Spicee, explore ce phénomène de société qui touche de plus en plus de professionnels en France et ailleurs.
Le terme « slasheur » vient du slash, cette barre oblique qu’on utilise pour séparer nos différentes identités professionnelles sur les réseaux sociaux ou les cartes de visite. Consultant / Formateur / Auteur. Designer / Photographe / Coach. Ces profils multiples deviennent la norme plutôt que l’exception.
Beguin Correa a consacré six mois à ce reportage, allant à la rencontre de ces travailleurs nouvelle génération qui refusent de se définir par un seul métier. Son regard est à la fois documentaire et personnel, puisqu’elle vit elle-même cette réalité au quotidien.
Le slasheur n’est pas un dilettante
Une idée reçue persiste : le slasheur serait quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il veut faire, qui papillonne sans vraiment s’engager. L’enquête de Beguin Correa démontre l’inverse. Les slasheurs qu’elle rencontre sont des professionnels engagés qui ont fait le choix conscient de diversifier leurs activités.
Ce qui caractérise le slasheur, c’est d’abord la flexibilité. L’adaptabilité devient une compétence centrale. Passer d’une activité à l’autre dans la même journée demande une gymnastique mentale que tout le monde ne maîtrise pas. Les slasheurs développent cette capacité à switcher entre différents contextes, différents interlocuteurs, différents modes de pensée.
La créativité constitue un autre trait marquant. Jongler avec plusieurs métiers oblige à faire des ponts, à transférer des compétences d’un domaine à l’autre. Un graphiste qui fait aussi de la formation apporte à ses clients une vision pédagogique dans ses créations. Un développeur qui écrit des articles de blog améliore sa capacité à vulgariser des concepts techniques.
Cette pollinisation croisée entre activités génère souvent des idées nouvelles, des approches originales que n’aurait pas un spécialiste mono-métier. Les entreprises commencent d’ailleurs à valoriser ces profils atypiques pour leur capacité à penser différemment.
Liberté contre sécurité : le pari assumé
Le slasheur fait un choix : celui de la liberté plutôt que de la stabilité apparente du salariat classique. Ce n’est pas un choix par défaut. Beaucoup ont quitté des CDI confortables pour construire leur propre parcours, assembler leurs propres briques professionnelles.
Cette liberté a un prix. L’absence de revenus fixes, la nécessité de prospecter en permanence, la gestion administrative de plusieurs activités. Sans oublier la charge mentale de devoir constamment arbitrer entre les différents projets.
Mais les slasheurs interrogés par Beguin Correa partagent un constat : cette insécurité relative leur semble préférable à l’insécurité d’un emploi unique dont ils pourraient être licenciés. Diversifier ses sources de revenus, c’est aussi ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Si un client disparaît, les autres activités permettent d’amortir le choc.
La résilience devient alors une qualité indispensable. Les slasheurs apprennent à rebondir, à pivoter, à saisir les opportunités quand elles se présentent. Cette agilité professionnelle se développe avec l’expérience et constitue un atout sur le long terme.
L’équilibre, le vrai défi du slasheur
Si « Génération Slasheur » montre les avantages de ce mode de vie, le documentaire n’occulte pas ses difficultés. Le défi principal reste l’équilibre. Comment répartir son temps entre plusieurs activités sans sacrifier sa vie personnelle ? Comment éviter le burn-out quand on porte plusieurs casquettes ?
Beguin Correa insiste sur l’importance du bien-être et du temps pour soi. Le risque d’épuisement professionnel guette particulièrement les slasheurs qui ont tendance à accepter trop de missions, à dire oui à tout par peur de manquer une opportunité.
La solution proposée : construire ce qu’elle appelle un « portfolio de carrière » basé sur ses intérêts et passions profondes, plutôt que sur une définition traditionnelle de la réussite. L’idée est de choisir des activités qui se complètent, qui font sens ensemble, plutôt que d’accumuler des missions disparates uniquement pour des raisons financières.
Un slasheur épanoui est celui qui a trouvé son propre équilibre, sa propre formule. Il n’existe pas de recette universelle. Chacun doit expérimenter, ajuster, parfois abandonner une activité pour en développer une autre.
Ce que le slashing change pour l’entrepreneur
Pour un entrepreneur, le phénomène slasheur a plusieurs implications pratiques. D’abord, cela signifie que les talents qu’il cherche à recruter ou avec lesquels il veut collaborer ont peut-être d’autres activités en parallèle. Il faut l’accepter, voire le valoriser.
Ensuite, l’entrepreneur lui-même peut devenir slasheur. Beaucoup de créateurs d’entreprise cumulent leur activité principale avec du conseil, de la formation, de l’écriture. Ces activités secondaires enrichissent le projet principal tout en diversifiant les revenus.
Le travail de Beguin Correa invite aussi à repenser sa façon de construire son parcours entrepreneurial. Plutôt que de viser un objectif unique et linéaire, pourquoi ne pas construire un écosystème d’activités qui se nourrissent mutuellement ?
Les limites de cette vision du travail
Le slashing n’est pas fait pour tout le monde. Certains métiers ne se prêtent pas à cette logique. Un chirurgien ne peut pas vraiment exercer à mi-temps pour faire autre chose à côté. Les professions très réglementées ou exigeant une disponibilité totale restent incompatibles avec le mode slasheur.
Il y a aussi un biais de sélection dans le documentaire. Les slasheurs qui témoignent sont ceux qui réussissent, ceux qui ont trouvé leur équilibre. On entend moins ceux qui ont échoué, ceux qui sont revenus au salariat classique après une tentative infructueuse.
La question sociale mérite aussi d’être posée. Le slasheur indépendant cotise moins pour sa retraite, n’a pas d’assurance chômage, doit financer lui-même sa complémentaire santé. Cette précarité administrative constitue un angle mort du discours enthousiaste sur la multi-activité.
Enfin, le slashing peut parfois masquer une précarité subie plutôt que choisie. Tous ceux qui cumulent plusieurs jobs ne le font pas par choix. Distinguer le slasheur épanoui du travailleur contraint de multiplier les petits boulots reste essentiel.
Questions fréquentes sur Génération Slasheur
Qu’est-ce qu’un slasheur exactement ?
Un slasheur est une personne qui exerce plusieurs activités professionnelles simultanément, souvent en indépendant. Le terme vient du slash qui sépare ces différentes identités sur un CV ou une carte de visite.
Génération Slasheur est-il un livre ?
Non, il s’agit d’un documentaire réalisé par Isabel Beguin Correa pour la plateforme Spicee. Pour approfondir le sujet en format livre, « Profession Slasheur » de Marielle Barbe traite du même thème.
Peut-on devenir slasheur tout en gardant un emploi salarié ?
Oui, à condition de respecter les clauses de son contrat de travail. Beaucoup de slasheurs débutent par une activité secondaire avant de basculer progressivement vers l’indépendance totale.
Le slashing est-il viable financièrement sur le long terme ?
Cela dépend des activités choisies et de la capacité à les développer. Le documentaire montre des exemples de slasheurs qui vivent confortablement de leurs multiples activités depuis plusieurs années.
Quels sont les secteurs les plus adaptés au slashing ?
Les métiers créatifs, le conseil, la formation, le digital et les services aux entreprises se prêtent particulièrement bien à ce mode de fonctionnement. Les professions intellectuelles indépendantes sont les plus représentées.
Comment éviter l’épuisement quand on est slasheur ?
En construisant un portfolio d’activités cohérent basé sur ses passions réelles, en apprenant à dire non, et en préservant des temps de repos. La discipline personnelle et une bonne organisation sont indispensables.

