En bref : Michael Gelb a étudié les carnets et la vie de Léonard de Vinci pour en extraire sept principes applicables à tous. Curiosité insatiable, apprentissage par l’expérience, acuité sensorielle, tolérance à l’ambiguïté, équilibre art-science, soin du corps et vision systémique : autant de leviers pour stimuler la créativité et l’innovation au quotidien.
Léonard de Vinci fascine depuis cinq siècles. Peintre, sculpteur, architecte, ingénieur, anatomiste, botaniste, musicien : l’étendue de ses talents donne le vertige. Comment un seul homme a-t-il pu exceller dans autant de domaines ? Cette question a obsédé Michael J. Gelb, expert en créativité et développement personnel, jusqu’à ce qu’il trouve une réponse dans les milliers de pages des carnets de Léonard.
How to Think Like Leonardo da Vinci, publié en 1998, propose une méthode structurée pour cultiver les mêmes qualités intellectuelles que le maître de la Renaissance. Traduit en français sous le titre « Pensez comme Léonard de Vinci », l’ouvrage a rencontré un succès mondial. Gelb n’est pas un biographe mais un praticien : il s’intéresse moins aux faits historiques qu’aux applications concrètes pour le lecteur d’aujourd’hui.
L’auteur a reçu le « Brain of the Year Award » en 1999, distinction partagée avec des figures comme Stephen Hawking ou Garry Kasparov. Son approche repose sur l’idée que le génie n’est pas un don mystérieux réservé à quelques élus, mais un ensemble de pratiques que chacun peut développer.
Les sept principes du génie selon Léonard
Gelb a identifié sept caractéristiques récurrentes dans la vie et l’œuvre de Léonard. Il leur a donné des noms italiens, par hommage et parce que l’italien capture des nuances que l’anglais ou le français ne rendent pas aussi bien.
Curiosità désigne une soif de connaissance insatiable. Léonard posait des questions sur tout : pourquoi le ciel est-il bleu ? Comment les oiseaux volent-ils ? Quelle est la forme des vagues ? Cette curiosité n’était pas passive : elle se traduisait par des expériences, des observations minutieuses, des pages et des pages de notes. Pour un entrepreneur, cultiver la curiosità signifie ne jamais cesser d’apprendre, même dans des domaines apparemment éloignés de son activité.
Dimostrazione renvoie à l’apprentissage par l’expérience. Léonard ne se contentait pas de lire les théories des autres. Il testait, échouait, ajustait. Ses carnets regorgent de projets abandonnés, de pistes sans issue. Cette tolérance à l’erreur est indispensable à l’innovation. L’entrepreneur qui a peur de se tromper ne prendra jamais les risques nécessaires pour innover vraiment.
Sensazione concerne l’affinement des sens. Léonard voyait ce que les autres ne voyaient pas parce qu’il avait entraîné son regard. Ses études anatomiques, ses observations de la lumière, ses dessins de plantes témoignent d’une attention au détail extraordinaire. Dans un monde saturé d’informations, développer sa sensazione permet de percevoir des signaux faibles, des opportunités que d’autres manquent.
Embrasser l’incertitude et l’ambiguïté
Sfumato, littéralement « enfumé », désigne la capacité à tolérer l’ambiguïté. En peinture, c’est cette technique qui donne aux visages de Léonard leur mystère. Dans la vie, c’est l’aptitude à naviguer dans l’incertitude sans chercher des réponses définitives trop tôt. Gelb considère que cette « endurance à la confusion » est le trait le plus distinctif des personnes hautement créatives.
Cette idée peut déstabiliser les entrepreneurs habitués aux plans d’affaires rigides et aux objectifs SMART. Pourtant, les marchés évoluent de façon imprévisible. Celui qui tolère l’ambiguïté peut pivoter plus facilement, saisir des opportunités inattendues, là où l’esprit rigide reste prisonnier de ses certitudes.
Arte/Scienza représente l’équilibre entre pensée artistique et pensée scientifique. Léonard ne compartimentait pas. Ses études d’ingénierie nourrissaient sa peinture, et inversement. Cette approche « cerveau entier » combine intuition et analyse, créativité et rigueur. L’Élément de Ken Robinson développe des idées similaires sur l’importance de réconcilier ces deux modes de pensée.
Le corps au service de l’esprit
Corporalità rappelle que Léonard n’était pas qu’un intellectuel. Il était réputé pour sa force physique, sa grâce, son élégance. Il pratiquait l’équitation, l’escrime, la natation. Cette attention au corps n’était pas accessoire : elle soutenait ses capacités mentales.
Gelb insiste sur ce point, souvent négligé dans les ouvrages sur la créativité. Un entrepreneur qui néglige son sommeil, son alimentation, son activité physique, diminue ses capacités cognitives. La corporalità invite à prendre soin de sa machine biologique, condition nécessaire pour que l’esprit fonctionne à son meilleur niveau.
Connessione désigne enfin la conscience des interconnexions. Léonard voyait des liens partout : entre l’écoulement de l’eau et le mouvement des cheveux, entre la structure des branches et celle des vaisseaux sanguins. Cette pensée systémique lui permettait de transférer des insights d’un domaine à l’autre.
Pour un entrepreneur, la connessione signifie voir son marché comme un écosystème plutôt qu’une collection de concurrents isolés. Elle invite aussi à chercher l’inspiration hors de son secteur, là où les solutions ont déjà été inventées pour des problèmes analogues.
Ce que ce livre change pour un entrepreneur
Le premier apport est une permission. Si Léonard pouvait s’intéresser à tout, pourquoi se limiter ? L’hyperspecialisation a ses vertus, mais elle peut aussi enfermer. Un dirigeant qui lit de la philosophie, visite des musées, apprend un instrument de musique, enrichit sa réflexion stratégique de façons inattendues.
Le deuxième apport est pratique. Gelb accompagne chaque principe d’exercices concrets. Comment tenir un carnet à la manière de Léonard ? Comment entraîner son regard ? Comment poser de meilleures questions ? Ces pratiques transforment des concepts abstraits en habitudes quotidiennes.
Le troisième apport concerne la culture d’entreprise. Les sept principes peuvent servir de grille pour évaluer si une organisation favorise ou étouffe la créativité. Y a-t-il de la place pour la curiosité ? Tolère-t-on les erreurs ? Encourage-t-on les connexions entre équipes ?
Les limites de l’ouvrage
Le livre date de 1998 et certains passages ont vieilli. Les références à des technologies obsolètes peuvent faire sourire. Les exercices, parfois, sentent le développement personnel des années 1990 avec ses accents new age.
L’approche peut aussi sembler élitiste. Léonard vivait dans un contexte historique particulier, bénéficiait de mécènes généreux, disposait de temps pour ses explorations. Tout le monde n’a pas ce luxe. Gelb pourrait davantage reconnaître les contraintes matérielles qui limitent la créativité.
Enfin, le livre reste superficiel sur certains aspects de la vie de Léonard. L’auteur sélectionne ce qui sert son propos et passe sous silence les zones d’ombre. Une lecture complémentaire d’une biographie sérieuse enrichirait la compréhension du personnage.
Questions fréquentes
Ce livre est-il disponible en français ?
Oui, le livre a été traduit en français sous le titre « Pensez comme Léonard de Vinci, Soyez créatif et imaginatif ». Il est disponible en librairie et en format numérique.
Faut-il connaître l’œuvre de Léonard de Vinci pour lire ce livre ?
Non, Gelb fournit suffisamment de contexte. Une connaissance préalable enrichit la lecture mais n’est pas indispensable. Le livre peut d’ailleurs donner envie d’approfondir.
Les exercices proposés sont-ils vraiment applicables ?
La plupart oui, même si certains demandent du temps. L’idée n’est pas de tout faire mais de choisir les pratiques qui résonnent avec sa situation personnelle.
Ce livre convient-il à quelqu’un qui ne se considère pas créatif ?
C’est précisément le public visé. Gelb part du principe que la créativité se développe, qu’elle n’est pas un don inné. Le livre s’adresse à ceux qui veulent élargir leur potentiel.
Comment appliquer ces principes en entreprise ?
Gelb propose des pistes : créer des espaces de curiosité, autoriser l’expérimentation, valoriser les connexions interdisciplinaires. Chaque principe peut se décliner en pratiques managériales concrètes.
Quel est le principe le plus important selon Gelb ?
Il met l’accent sur le sfumato, la tolérance à l’ambiguïté. C’est le trait le moins naturel et celui qui distingue le plus les créatifs des autres. Les six autres principes en dépendent partiellement.

