En bref : Franck Lamagnère propose un cahier d’exercices pour développer son assertivité, cette capacité à s’affirmer sans écraser les autres. Le livre cible les timides, les trop polis, ceux qui n’osent pas dire non. À travers des exemples concrets et des exercices progressifs, il apprend à exprimer ses besoins, formuler des critiques et poser des limites. Une méthode pratique issue des thérapies comportementales, pour reprendre sa place dans les relations.
Franck Lamagnère : psychiatre spécialiste de l’anxiété sociale
Franck Lamagnère exerce comme psychiatre à Paris. Il enseigne à l’université Paris-Descartes et à l’Association française de thérapie comportementale et cognitive. Ses spécialités : les TOC, les phobies et l’anxiété sociale. Pas un théoricien de salon, mais un praticien qui voit des patients chaque semaine.
Le livre a été co-écrit avec Chantal Joffrin Le Clerc, également psychiatre, spécialisée en thérapie cognitive et en assertivité. Cette double signature apporte une complémentarité intéressante entre l’approche clinique et la dimension pédagogique.
Je n’ai plus peur du jugement des autres est sorti en 2014 aux éditions Odile Jacob. Le sous-titre « Cahier d’exercices d’assertivité » annonce clairement la couleur. Ce n’est pas un livre à lire passivement. C’est un outil de travail, avec des exercices à faire, des situations à analyser, des comportements à tester.
Le succès du livre vient probablement de son approche très pratique. Les thérapies comportementales et cognitives ont cette particularité : elles ne se contentent pas d’expliquer pourquoi on a un problème, elles proposent des exercices concrets pour le résoudre. Lamagnère applique cette logique à la peur du jugement.
Le public visé est large : les timides, les anxieux sociaux, les trop polis, ceux qui disent oui quand ils pensent non, ceux qui ruminent pendant des heures après une conversation. Autrement dit, une bonne partie de la population.
L’assertivité : ni paillasson ni hérisson
Le terme « assertivité » vient de l’anglais assertiveness. Il désigne la capacité à s’affirmer tout en respectant l’autre. Ni soumission, ni agression. Un équilibre délicat que beaucoup n’ont jamais appris à trouver.
Lamagnère distingue quatre styles de communication. Le style passif : on s’efface, on dit oui à tout, on évite le conflit à tout prix. Le style agressif : on impose, on écrase, on ne tient pas compte des besoins de l’autre. Le style passif-agressif : on fait semblant d’accepter puis on sabote discrètement. Et enfin le style assertif : on exprime clairement ses besoins tout en écoutant ceux de l’autre.
La plupart des gens oscillent entre passivité et agressivité selon les contextes. Passifs au travail avec leur chef, agressifs à la maison avec leurs proches. Ou l’inverse. L’assertivité propose une troisième voie, constante quel que soit l’interlocuteur.
Le livre insiste sur une idée centrale : être assertif ne signifie pas toujours obtenir ce qu’on veut. Cela signifie exprimer ce qu’on veut de manière claire et respectueuse. L’autre peut refuser. Mais au moins, on a dit ce qu’on avait à dire. On n’a pas ravalé ses mots pour les ruminer ensuite pendant des jours.
L’assertivité se travaille. Ce n’est pas un trait de caractère figé. C’est une compétence qui s’acquiert par la pratique, exactement comme on apprend à conduire ou à jouer d’un instrument.
Les exercices pratiques : apprendre à dire non
Le livre propose une méthode structurée avec des exercices progressifs. Chaque chapitre présente une situation type, analyse les réponses non assertives habituelles, puis montre la version assertive.
Demander un service. Beaucoup n’osent pas, de peur de déranger ou d’essuyer un refus. Lamagnère montre comment formuler une demande claire, sans s’excuser excessivement ni se justifier pendant dix minutes. « Est-ce que tu pourrais m’aider à déménager samedi ? » Point. Pas besoin de raconter sa vie.
Dire non. Le grand classique. Le livre propose la technique du disque rayé : répéter son refus calmement, sans se justifier davantage à chaque fois. « Non, je ne peux pas. » « Non, vraiment, ce n’est pas possible. » « Non. » L’autre finit par comprendre.
Formuler une critique. L’exercice le plus délicat. Lamagnère recommande de séparer les faits, les émotions et la demande. « Quand tu arrives en retard (fait), je me sens frustré (émotion), j’aimerais que tu préviennes si tu es retardé (demande). » Pas de jugement sur la personne, pas d’attaque.
Recevoir une critique. Savoir écouter sans se défendre immédiatement, poser des questions pour comprendre, reconnaître ce qui est juste sans s’effondrer. Une compétence rare.
Les exercices incluent aussi des situations du quotidien : renvoyer un plat au restaurant, demander une augmentation, refuser une invitation. Chaque cas est détaillé avec des dialogues exemples.
Ce que ça change pour un entrepreneur
L’assertivité n’est pas un luxe pour un dirigeant. C’est une compétence de survie.
Négocier avec des clients devient plus fluide quand on sait exprimer ses limites. « Ce tarif inclut trois allers-retours de modifications. Au-delà, je facture des frais supplémentaires. » Clair, factuel, sans agressivité. Le client sait à quoi s’attendre. Pas de surprise, pas de ressentiment.
Manager une équipe exige de savoir donner du feedback, y compris négatif. Les techniques du livre s’appliquent directement : séparer les faits du jugement, exprimer l’impact, formuler une demande claire. « Le rapport contenait plusieurs erreurs de calcul. Ça m’a mis en difficulté devant le client. Peux-tu double-vérifier les chiffres avant envoi ? »
Dire non aux opportunités mal calibrées protège l’entreprise. Beaucoup de dirigeants acceptent des projets qui ne leur conviennent pas, par peur de froisser ou de manquer une occasion. Le livre aide à refuser sans culpabiliser.
Pour ceux qui souffrent d’anxiété sociale plus prononcée, le livre complète utilement des ouvrages comme La peur des autres de Christophe André et Patrick Légeron, qui explore les racines du problème avant les solutions pratiques.
L’assertivité améliore aussi les relations avec les associés et les investisseurs. Exprimer un désaccord tôt évite les conflits qui pourrissent. Poser ses limites clairement prévient l’épuisement.
Les limites du livre
Le format « cahier d’exercices » a ses avantages et ses inconvénients. Avantage : c’est concret, applicable immédiatement. Inconvénient : la réflexion théorique reste superficielle. On apprend comment faire, moins pourquoi on a du mal à le faire.
Les situations proposées sont parfois un peu stéréotypées. Renvoyer un plat au restaurant, demander une réduction au marché. Des cas d’école utiles pour comprendre la méthode, mais qui peuvent sembler décalés pour certains lecteurs. Les situations professionnelles complexes auraient mérité plus de place.
Le livre suppose que le problème vient principalement de soi. Si on n’arrive pas à s’affirmer, c’est qu’on n’a pas les bonnes techniques. Cette perspective a ses limites. Parfois, le contexte rend l’assertivité difficile, voire dangereuse. Face à un supérieur toxique ou dans une culture d’entreprise hostile, les techniques individuelles ne suffisent pas.
Certains lecteurs trouveront l’approche trop comportementale. On travaille sur les comportements visibles, moins sur les croyances profondes ou les blessures anciennes qui alimentent la peur du jugement. Pour un travail plus en profondeur, une thérapie peut être nécessaire.
Malgré ces réserves, le livre reste une excellente introduction à l’assertivité. Les exercices sont progressifs et bien construits. Pour qui se reconnaît dans le portrait du « trop poli », c’est un bon point de départ.
Questions fréquentes sur Je n’ai plus peur du jugement des autres
Qui est Franck Lamagnère ?
Franck Lamagnère est psychiatre à Paris, enseignant à l’université Paris-Descartes et à l’Association française de thérapie comportementale et cognitive. Il est spécialiste des TOC, des phobies et de l’anxiété sociale. Il a co-écrit ce livre avec Chantal Joffrin Le Clerc, également psychiatre.
Qu’est-ce que l’assertivité ?
L’assertivité est la capacité à s’affirmer tout en respectant l’autre. Elle se situe entre la passivité (s’effacer) et l’agressivité (imposer). Une personne assertive exprime ses besoins clairement, sait dire non et pose ses limites sans écraser son interlocuteur.
Ce livre contient-il des exercices pratiques ?
Oui, c’est un cahier d’exercices. Chaque chapitre présente des situations concrètes, analyse les réponses non assertives typiques, puis propose la version assertive. Le lecteur est invité à pratiquer et à s’entraîner dans son quotidien.
À qui s’adresse ce livre ?
Aux timides, aux anxieux sociaux, aux personnes qui n’osent pas dire non, à ceux qui ruminent après chaque conversation. Plus largement, à toute personne qui souhaite améliorer sa communication et mieux poser ses limites dans ses relations.
Quelle est la différence entre assertivité et agressivité ?
L’agressivité impose sans tenir compte de l’autre. L’assertivité exprime ses besoins tout en respectant ceux de l’interlocuteur. On peut être ferme sans être brutal. L’assertif dit « non » clairement mais poliment, l’agressif dit « non » en attaquant.
Ce livre suffit-il pour traiter une anxiété sociale sévère ?
Pour une anxiété légère à modérée, le livre peut suffire. Pour une anxiété sociale sévère qui handicape la vie quotidienne, une consultation avec un professionnel est recommandée. Le livre reste utile en complément d’un suivi thérapeutique.

