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Bien lire et Aimer lire de Suzanne Borel-Maisonny : la méthode phonétique et gestuelle qui a formé des générations d’enfants

En bref : Publiée pour la première fois en 1960, la méthode Borel-Maisonny associe chaque son à un geste pour faciliter l’apprentissage de la lecture. Initialement conçue pour les enfants en difficulté, elle s’est imposée comme une référence pédagogique. Son approche systématique et progressive offre des enseignements applicables bien au-delà du champ éducatif.

Suzanne Borel-Maisonny, pionnière de l’orthophonie française

Suzanne Borel-Maisonny (1900-1995) n’était pas une pédagogue ordinaire. Phonéticienne et grammairienne de formation, titulaire d’une licence de lettres classiques et d’un diplôme de philologie à l’École Pratique des Hautes Études, elle fut l’élève de l’abbé Jean-Pierre Rousselot, l’un des fondateurs de la phonétique expérimentale.

Dès 1926, elle est appelée par le docteur Victor Veau, chirurgien à l’hospice des Enfants-Assistés, pour rééduquer les enfants opérés de fentes palatines et de becs de lièvre. C’est dans ce contexte médical qu’elle développe ses premières techniques de rééducation du langage. Elle devient ainsi l’une des fondatrices de l’orthophonie en France, une profession qui n’existait pas encore formellement.

À partir de 1946, au sein de l’équipe de recherche pluridisciplinaire dirigée par le neuropsychiatre Julian de Ajuriaguerra à l’hôpital Henri-Rousselle, elle commence ses travaux sur l’apprentissage de la lecture et la rééducation des dyslexies. Ces recherches aboutiront à la méthode qui porte son nom.

Les trois piliers de la méthode

La méthode Borel-Maisonny repose sur trois axes fondamentaux : le phonème, le graphème et l’articulation. Chaque son de la langue française est associé à un geste précis, indépendamment de sa graphie. Par exemple, il n’existe qu’un seul geste pour le son « o », qu’il s’écrive au, eau, os, ô ou ault.

Cette approche phonético-gestuelle part d’un principe simple : la conscience de la position articulatoire est une condition sine qua non à l’émission correcte d’un phonème. L’enfant doit distinguer les vibrations glottales, orales et nasales. Il doit comprendre la position de sa langue, de ses lèvres, la manière dont l’air s’écoule.

Le geste n’est pas une fin en soi. C’est un support temporaire qui aide à ancrer le son dans la mémoire corporelle. Une fois l’association maîtrisée, le geste disparaît naturellement. Cette logique de scaffolding, d’échafaudage pédagogique qu’on retire progressivement, trouve des applications dans bien d’autres domaines que la lecture.

Une progression méthodique en trente leçons

Suzanne Borel-Maisonny divise sa méthode en trente leçons soigneusement détaillées. Elle préconise l’étude des voyelles et des consonnes de manière simultanée, contrairement à certaines approches qui séparent les deux catégories. Les consonnes dont le son peut être facilement prolongé sont abordées en premier : f, ch, s, v, j, z, l, r, m, n.

Cette progression n’est pas arbitraire. Elle suit une logique phonétique rigoureuse, du plus simple au plus complexe, du plus régulier au plus irrégulier. L’enfant construit ses compétences brique par brique, sans jamais être confronté à une difficulté pour laquelle il n’a pas été préparé.

C’est Clotilde Silvestre de Sacy, institutrice et proche collaboratrice de Suzanne Borel-Maisonny depuis 1946, qui adapte cette approche de rééducation en méthode d’apprentissage de la lecture pour tous les enfants. Le livre « Bien lire et Aimer lire » paraît en 1960 et connaît depuis de multiples rééditions.

Ce que les entrepreneurs peuvent en retirer

On pourrait s’étonner de voir un ouvrage sur l’apprentissage de la lecture figurer dans une bibliothèque d’entrepreneur. Pourtant, les principes de la méthode Borel-Maisonny transcendent son objet initial.

L’approche systématique et progressive rappelle que tout apprentissage complexe gagne à être découpé en étapes maîtrisables. Former une équipe, transmettre un savoir-faire, onboarder un nouveau collaborateur : ces défis managériaux bénéficient de la même rigueur méthodologique.

L’apprentissage actif, autre pilier de la méthode, souligne que l’on retient mieux ce que l’on pratique que ce que l’on écoute passivement. Les gestes associés aux sons engagent le corps dans l’apprentissage. Transposé au monde de l’entreprise, ce principe plaide pour les formations pratiques, les mises en situation, les projets pilotes. Cette approche rejoint les réflexions de Carol Dweck sur l’état d’esprit de développement.

Enfin, le titre même du livre contient un enseignement. « Bien lire » ne suffit pas. Il faut aussi « Aimer lire ». Suzanne Borel-Maisonny savait qu’un apprentissage durable exige l’adhésion de celui qui apprend. Un collaborateur qui comprend le sens de ce qu’il fait s’engagera davantage qu’un exécutant mécanique.

Les limites d’une méthode conçue pour un autre contexte

Soyons honnêtes : « Bien lire et Aimer lire » est un ouvrage technique destiné aux enseignants et aux orthophonistes. Sa lecture n’est pas accessible à tous. Les entrepreneurs qui cherchent des conseils directement applicables à leur quotidien risquent d’être déçus par la forme du propos.

La méthode a également fait l’objet de débats dans le monde éducatif. Certains lui reprochent une approche trop mécanique, qui privilégierait le déchiffrage au détriment de la compréhension. D’autres considèrent que l’apprentissage par les gestes n’est pas adapté à tous les profils d’apprenants.

Enfin, l’ouvrage date des années 1960. Même s’il a été réédité et actualisé, certaines références et certains exemples peuvent paraître datés. Les neurosciences ont depuis apporté de nouveaux éclairages sur les mécanismes de l’apprentissage de la lecture, qui ne sont pas tous intégrés dans les éditions disponibles.

FAQ

Qui était Suzanne Borel-Maisonny ?

Suzanne Borel-Maisonny (1900-1995) était phonéticienne et grammairienne, pionnière de l’orthophonie en France. Elle a développé une méthode de rééducation du langage pour les enfants présentant des troubles de la parole, qui s’est ensuite étendue à l’apprentissage de la lecture.

À qui s’adresse la méthode Borel-Maisonny ?

Initialement conçue pour les enfants présentant des difficultés d’apprentissage, notamment les dyslexiques et les enfants hypoacousiques, la méthode s’est démocratisée et sert aujourd’hui de base à l’enseignement de la lecture dans de nombreuses écoles.

En quoi consiste l’approche phonético-gestuelle ?

Chaque son de la langue française est associé à un geste précis. Ce geste aide l’enfant à mémoriser le son et à le distinguer des autres. Le geste sert de support temporaire qui disparaît une fois l’apprentissage consolidé.

Le livre est-il encore disponible en librairie ?

Oui. « Bien lire et Aimer lire » est régulièrement réédité aux éditions ESF Sciences Humaines. Une version mise à jour est parue en 2018. Le livre reste une référence pour les enseignants et les orthophonistes francophones.

Peut-on utiliser cette méthode pour apprendre à lire à un adulte ?

Oui. La méthode a été utilisée avec succès pour l’alphabétisation d’adultes. Les principes de progression systématique et d’engagement corporel fonctionnent à tout âge. L’accompagnement par un professionnel formé reste cependant recommandé.

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