En bref : Mullins et Komisar déconstruisent le mythe du business plan parfait. La plupart des entreprises qui réussissent n’ont pas suivi leur plan initial. Ce livre enseigne comment tester ses hypothèses rapidement et pivoter méthodiquement vers un modèle qui fonctionne vraiment.
Deux experts de l’entrepreneuriat et du capital-risque
John Mullins enseigne à la London Business School où il forme des entrepreneurs depuis plus de vingt ans. Son co-auteur, Randy Komisar, est un investisseur légendaire de la Silicon Valley, partner chez Kleiner Perkins. Ensemble, ils ont vu des centaines de startups échouer avec des business plans impeccables et d’autres réussir après avoir tout changé.
Getting to Plan B, publié en 2009, s’appuie sur cette double expérience académique et terrain. Mullins apporte la rigueur méthodologique, Komisar la réalité brutale du capital-risque. Le résultat est un ouvrage qui ne vend pas de rêve : il explique pourquoi votre Plan A échouera probablement, et comment s’y préparer.
Le livre a été écrit avant que le terme « pivot » ne devienne un cliché de la startup culture. Pourtant, c’est exactement de cela qu’il parle : comment passer méthodiquement d’une idée qui ne fonctionne pas à une autre qui fonctionne, sans gaspiller toutes ses ressources au passage.
Le mythe du business plan et la réalité des données
Mullins et Komisar partent d’un constat que beaucoup d’entrepreneurs refusent d’entendre : les business plans sont des fictions. Pas des mensonges délibérés, mais des constructions basées sur des hypothèses non vérifiées. Le problème n’est pas d’avoir un plan, c’est de le confondre avec la réalité.
Le livre regorge d’exemples célèbres. PayPal a commencé comme un système de transfert d’argent pour PalmPilots. Google voulait vendre sa technologie de recherche aux portails existants. Starbucks vendait des grains de café, pas des boissons. Aucune de ces entreprises n’a réussi avec son Plan A.
Ce qui distingue les succès des échecs, selon les auteurs, c’est la capacité à identifier rapidement ce qui ne fonctionne pas et à ajuster le tir. Pas par intuition ou coup de chance, mais par un processus rigoureux de test et d’apprentissage. Le Plan B n’est pas un aveu d’échec, c’est une évolution informée.
Les cinq composantes d’un business model à tester
Le cœur du livre propose un cadre d’analyse en cinq éléments. Le modèle de revenus d’abord : qui paie, combien, à quelle fréquence ? Beaucoup d’entrepreneurs se focalisent sur le produit en oubliant cette question fondamentale.
Ensuite, le modèle de marge brute : quelle part du revenu reste après les coûts directs ? Un business peut générer des millions de chiffre d’affaires et perdre de l’argent sur chaque vente. Les auteurs insistent sur l’importance de comprendre cette mécanique avant de chercher la croissance.
Le modèle opérationnel traite de la façon dont l’entreprise délivre sa proposition de valeur. Peut-on faire plus avec moins ? Les processus sont-ils scalables ? Ces questions déterminent souvent la viabilité à long terme.
Le modèle de fonds de roulement examine les flux de trésorerie. Encaisse-t-on avant ou après avoir dépensé ? Dell a révolutionné son industrie en se faisant payer avant de commander les composants. Cette innovation financière valait autant que ses innovations techniques.
Enfin, le modèle d’investissement : combien faut-il dépenser pour acquérir un client ou développer un produit ? Ce ratio détermine la vitesse à laquelle on peut croître sans lever des fonds indéfiniment.
Les « leaps of faith » et comment les réduire
Mullins et Komisar introduisent le concept de « leaps of faith », ces hypothèses critiques sur lesquelles repose tout le business model. Chaque plan contient ces sauts dans l’inconnu : les clients voudront ce produit, ils paieront ce prix, nous pourrons produire à ce coût.
L’erreur classique est de construire tout l’édifice avant de vérifier ces fondations. Le livre propose une approche inverse : identifier les hypothèses les plus risquées et les tester en premier. Pas avec des études de marché théoriques, mais avec des expériences réelles qui produisent des données exploitables.
Les auteurs recommandent de chercher des « analogues » et des « antilogs ». Les analogues sont des entreprises ou situations comparables qui ont fonctionné. Les antilogs sont des exemples de ce qui n’a pas marché. Cette recherche systématique permet de réduire l’incertitude sans tout réinventer.
Un tableau de bord simple permet de suivre chaque hypothèse : ce qu’on pensait, ce qu’on a testé, ce qu’on a appris, ce qu’on fait différemment. Cette discipline de documentation force à être honnête avec soi-même, ce qui est plus difficile qu’il n’y paraît.
Applications concrètes pour un entrepreneur
Pour un dirigeant de PME ou un créateur d’entreprise, Getting to Plan B offre une méthodologie applicable immédiatement. Avant de lancer un nouveau produit ou d’attaquer un nouveau marché, listez vos hypothèses critiques. Classez-les par niveau de risque. Concevez des tests peu coûteux pour les valider.
Le livre encourage une posture d’humilité intellectuelle rare dans le monde entrepreneurial. Votre idée n’est pas géniale tant qu’elle n’a pas été confrontée au marché. Vos projections financières sont des suppositions tant que des clients n’ont pas réellement payé. Cette lucidité peut sembler décourageante, elle est en réalité libératrice.
Pour ceux qui travaillent dans des structures établies, les principes s’appliquent aussi. Chaque nouvelle initiative, chaque projet d’innovation repose sur des hypothèses. Les tester systématiquement avant d’engager des ressources importantes évite bien des déconvenues. C’est une approche complémentaire à celle décrite dans The Lean Startup, avec un cadre d’analyse plus structuré.
Les limites de l’ouvrage
Getting to Plan B a été écrit en 2009, avant l’explosion des outils de test rapide et des méthodologies lean. Certains conseils pratiques sont datés, même si les principes fondamentaux restent valides. Les entrepreneurs d’aujourd’hui ont accès à des outils de prototypage et de test que les auteurs ne pouvaient pas imaginer.
Le livre s’adresse principalement aux startups technologiques et aux entreprises à fort potentiel de croissance. Les exemples, PayPal, Google, Amazon, parlent moins aux créateurs d’entreprises traditionnelles ou aux artisans qui cherchent simplement à vivre de leur activité.
La méthodologie peut aussi devenir une forme de procrastination sophistiquée. À force de vouloir tout tester avant de se lancer, on risque de ne jamais se lancer. Les auteurs mettent en garde contre ce travers mais n’offrent pas de critères clairs pour savoir quand on a assez testé.
Enfin, le style académique de certains passages peut rebuter les lecteurs pressés. Mullins apporte sa rigueur de professeur, ce qui donne parfois un ton plus « manuel de cours » que « guide pratique ».
Questions fréquentes sur Getting to Plan B
Quelle est la différence entre Getting to Plan B et The Lean Startup ?
Getting to Plan B propose un cadre d’analyse plus structuré autour de cinq composantes du business model. The Lean Startup se concentre davantage sur le processus itératif de build-measure-learn. Les deux approches sont complémentaires.
Le livre est-il adapté aux entreprises établies ?
Les principes s’appliquent à tout nouveau projet ou initiative, même dans une grande organisation. La méthode de test des hypothèses est universelle. Seuls les exemples sont principalement tirés du monde des startups.
Comment identifier ses « leaps of faith » ?
Posez-vous la question : si cette hypothèse s’avère fausse, mon business s’effondre-t-il ? Les hypothèses sur lesquelles tout repose sont vos leaps of faith. Concentrez vos tests sur celles-ci en priorité.
Getting to Plan B est-il disponible en français ?
Le livre n’a pas été traduit officiellement en français. La version anglaise utilise un vocabulaire business standard, accessible à qui maîtrise l’anglais professionnel.
Combien de temps faut-il pour passer au Plan B ?
Il n’y a pas de règle fixe. L’important est de ne pas s’obstiner sur un Plan A qui ne fonctionne clairement pas, mais aussi de ne pas pivoter trop vite avant d’avoir assez de données. Le livre recommande de définir à l’avance les critères de décision.
Les analogues et antilogs sont-ils toujours pertinents ?
Oui, chercher des précédents comparables reste une excellente façon de réduire l’incertitude. Le contexte change mais les mécaniques fondamentales des business models évoluent moins vite qu’on ne le croit.

