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L’art de la niaque d’Angela Duckworth : pourquoi l’effort compte deux fois plus que le talent

En bref : Angela Duckworth démontre que le talent ne prédit pas la réussite. Ce qui compte vraiment, c’est le « grit » : un mélange de passion durable et de persévérance face aux obstacles. Son équation est limpide : l’effort compte deux fois. Une fois pour transformer le talent en compétence, une seconde fois pour transformer la compétence en accomplissement.

Angela Duckworth : de prof de maths à experte mondiale de la persévérance

Le parcours d’Angela Duckworth n’a rien de linéaire. Née en 1970, fille d’immigrants chinois, elle grandit avec un père qui lui répète qu’elle n’est « pas un génie ». Une phrase qui aurait pu la briser. Elle en a fait le moteur de toute sa carrière.

Après Harvard, elle fait ce qu’on attend d’elle : McKinsey, le consulting, les costumes. Puis, à 27 ans, elle plaque tout. Elle devient prof de maths dans des écoles publiques de New York, San Francisco et Philadelphie. C’est là que quelque chose la frappe. Les élèves les plus brillants ne sont pas toujours ceux qui réussissent le mieux. Des gamins « moyens » décrochent des résultats remarquables. D’autres, clairement doués, lâchent l’affaire au premier obstacle.

Cette observation la pousse à reprendre des études. Elle obtient un doctorat en psychologie à l’Université de Pennsylvanie sous la direction de Martin Seligman, le père de la psychologie positive. En 2013, elle reçoit une bourse MacArthur, surnommée le « prix du génie », pour ses recherches sur le grit. Ironie du sort pour quelqu’un à qui on répétait qu’elle n’en était pas un.

Aujourd’hui professeure à Wharton, elle dirige le Character Lab, un centre de recherche qui étudie comment développer le caractère chez les jeunes. Son TED Talk sur le grit a été visionné plus de 30 millions de fois.

Le talent est surestimé : les deux équations qui changent tout

La thèse centrale du livre tient en deux équations simples. La première : talent multiplié par effort égale compétence. La seconde : compétence multipliée par effort égale accomplissement.

L’effort apparaît deux fois. C’est le point crucial. Le talent détermine la vitesse à laquelle on progresse quand on s’entraîne. Mais sans effort, le talent reste potentiel. Il ne devient jamais compétence. Et même une compétence acquise ne produit rien sans l’effort continu de l’appliquer.

Duckworth prend l’exemple de la natation. Certains nageurs ont des proportions physiques idéales, des bras longs, des pieds palmés naturellement. Ils progressent plus vite au début. Mais au plus haut niveau, ce qui distingue les champions ? Pas leur morphologie. Leur capacité à enchaîner les entraînements intensifs. Jour après jour. Année après année. Sans relâche.

Cette vision s’oppose à ce qu’elle appelle le « biais naturaliste ». Notre tendance collective à attribuer le succès au talent inné plutôt qu’au travail. Quand on voit quelqu’un exceller, on préfère penser qu’il est né comme ça. C’est rassurant. Ça nous évite une question gênante : est-ce qu’on bosse vraiment assez, nous ?

Les deux composantes du grit : passion et persévérance

Le grit n’est pas simplement de la ténacité. Duckworth le définit comme la combinaison de deux éléments : la passion et la persévérance.

La passion, dans son sens, ne désigne pas un enthousiasme passager. C’est une direction constante, un intérêt durable qui oriente les choix sur le long terme. Quelqu’un de « gritty » ne papillonne pas d’un projet à l’autre. Il creuse le même sillon pendant des années, parfois des décennies.

La persévérance, c’est tenir malgré les obstacles, les échecs, ces plateaux où on a l’impression de stagner. Se relever après chaque chute. Continuer quand la motivation a fichu le camp depuis longtemps.

Duckworth a développé une échelle de mesure du grit, validée par de nombreuses études. Ses recherches montrent que le score de grit prédit mieux la réussite que le QI dans de nombreux contextes : cadets de West Point, participants au concours national d’orthographe, vendeurs en entreprise.

Les travaux de Mindset de Carol Dweck sur l’état d’esprit de croissance complètent parfaitement cette approche. Croire que ses capacités peuvent se développer est un prérequis pour maintenir l’effort dans la durée.

Les quatre ingrédients pour développer son grit

Le grit n’est pas un trait figé. Duckworth identifie quatre facteurs qui permettent de le cultiver.

L’intérêt. On persévère plus facilement dans ce qui nous fascine. Mais l’intérêt ne tombe pas du ciel. Il se développe par l’exploration, puis par l’approfondissement. Les débutants ont besoin d’encouragements et de liberté pour découvrir ce qui les attire. La passion vient après, pas avant.

La pratique délibérée. Travailler dur ne suffit pas. Il faut travailler intelligemment, en ciblant ses faiblesses, en cherchant le feedback, en sortant constamment de sa zone de confort. Les experts ne répètent pas ce qu’ils savent faire. Ils s’attaquent à ce qu’ils ne maîtrisent pas encore.

Le sens. Connecter son travail à quelque chose de plus grand que soi renforce la motivation. Les personnes qui voient leur métier comme une vocation, pas seulement comme un job, montrent plus de grit. Ce sens peut venir de l’impact sur les autres, de la contribution à une cause, de l’appartenance à une communauté.

L’espoir. Pas l’espoir naïf que tout ira bien. Un espoir actif, fondé sur la conviction que ses propres efforts peuvent changer les choses. Cet espoir survit aux échecs parce qu’il repose sur une vision de long terme.

Ce que ça change pour un entrepreneur ou dirigeant

Pour un dirigeant, le livre offre plusieurs pistes concrètes.

D’abord, revoir ses critères de recrutement. Le CV et les diplômes mesurent mal le grit. Très mal, même. Duckworth suggère de chercher des indices de persévérance dans le parcours : des projets menés sur plusieurs années, des obstacles surmontés, un engagement durable dans une activité. Un candidat qui a pratiqué le même sport pendant dix ans ? Il vous dit quelque chose que son diplôme ne dira jamais.

Ensuite, cultiver le grit dans son équipe. Cela passe par un environnement qui valorise l’effort autant que le résultat. Célébrer les progrès, pas seulement les victoires. Normaliser l’échec comme étape d’apprentissage. Donner du sens au travail quotidien en le reliant à une mission plus large.

Pour soi-même, le message est clair : le talent qu’on n’a pas n’est pas une excuse. L’effort compte deux fois. On peut développer son grit en cultivant un intérêt profond, en pratiquant de manière délibérée, en trouvant du sens dans son travail.

Une mise en garde toutefois : le grit n’est pas une solution miracle. Persévérer dans la mauvaise direction reste une erreur. Savoir quand pivoter fait aussi partie de l’intelligence entrepreneuriale.

Les limites du livre

Parlons des faiblesses de l’ouvrage, parce qu’il y en a. Le concept de grit a été critiqué pour son individualisme. Mettre l’accent sur l’effort personnel, c’est parfois oublier les obstacles structurels. Les inégalités sociales, la discrimination, le manque d’accès aux ressources. Tout le grit du monde ne compense pas un système injuste.

Certains chercheurs contestent également la validité prédictive du grit. Des méta-analyses suggèrent que son pouvoir explicatif, une fois contrôlé pour d’autres facteurs comme la conscienciosité, reste modeste. Le débat scientifique n’est pas clos.

Le livre peut aussi donner l’impression que la persévérance est toujours vertueuse. Or, s’acharner sur un projet voué à l’échec n’est pas du grit, c’est de l’entêtement. Duckworth aborde ce point mais peut-être pas assez.

Point positif : le livre existe en français sous le titre « L’art de la niaque » aux éditions JC Lattès. La traduction rend le concept accessible aux lecteurs francophones.

Questions fréquentes

QU’EST-CE QUE LE GRIT SELON ANGELA DUCKWORTH ?

Le grit est la combinaison de passion durable et de persévérance face aux obstacles. Ce n’est pas un enthousiasme passager mais un engagement de long terme vers un objectif, maintenu malgré les difficultés et les échecs.

POURQUOI L’EFFORT COMPTE-T-IL DEUX FOIS ?

L’effort transforme d’abord le talent en compétence. Puis l’effort transforme la compétence en accomplissement. Sans effort, le talent reste potentiel et la compétence reste inutilisée. L’effort intervient donc à deux étapes du processus.

LE GRIT PEUT-IL SE DÉVELOPPER ?

Oui, selon Duckworth. Quatre facteurs permettent de le cultiver : développer un intérêt profond, pratiquer de manière délibérée, connecter son travail à un sens plus large, et maintenir un espoir actif fondé sur ses propres efforts.

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE GRIT ET TALENT ?

Le talent détermine la vitesse de progression lors de l’apprentissage. Le grit détermine si on persévère assez longtemps pour que cette progression se transforme en excellence. Un talent sans grit reste inexploité.

LE LIVRE EST-IL DISPONIBLE EN FRANÇAIS ?

Oui, le livre a été traduit sous le titre « L’art de la niaque : comment la passion et la persévérance forgent les destins » et publié par JC Lattès en 2017.

QUELLES SONT LES CRITIQUES DU CONCEPT DE GRIT ?

Les principales critiques portent sur l’individualisme du concept, qui peut minimiser les obstacles structurels, et sur sa validité scientifique contestée par certaines méta-analyses. Le risque de confondre grit et entêtement est également soulevé.

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