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Make Time de Jake Knapp et John Zeratsky : reprendre le contrôle de son attention

En bref : Make Time propose une méthode en quatre étapes pour échapper aux distractions numériques et se concentrer sur ce qui compte vraiment. Plutôt que des règles rigides, les auteurs offrent 87 tactiques à tester et adapter selon son propre fonctionnement.

Deux designers de Google qui ont voulu sortir du système

Jake Knapp a passé dix ans chez Google et Google Ventures, où il a créé la méthode du design sprint utilisée aujourd’hui par des centaines d’entreprises. John Zeratsky a été designer pendant quinze ans dans des sociétés comme YouTube et Google Ventures. Ces deux-là connaissent de l’intérieur les mécanismes qui capturent notre attention.

Leur livre « Make Time » part d’un constat personnel. Malgré leurs techniques de productivité, malgré leurs outils sophistiqués, ils finissaient leurs journées avec le sentiment de n’avoir rien fait d’important. Le temps filait sans qu’ils l’aient vraiment utilisé.

La version française, « La méthode Make Time », est publiée chez Eyrolles. Le sous-titre anglais résume l’ambition : « How to Focus on What Matters Every Day ». Comment se concentrer chaque jour sur ce qui compte vraiment.

Deux ennemis de l’attention : la roue infernale et les piscines à débordement

Knapp et Zeratsky identifient deux forces qui régissent notre quotidien sans que nous en ayons conscience. La première, qu’ils appellent la « roue infernale », c’est le culte de l’entreprise, du succès, de la productivité. Cette pression constante à faire plus, à répondre plus vite, à être disponible en permanence.

La seconde force, ce sont les « piscines à débordement ». Ces sources de contenus infinies que sont les applications mobiles, les réseaux sociaux, l’information en continu, les plateformes de streaming. Des contenus conçus pour ne jamais s’arrêter, pour toujours proposer quelque chose de nouveau, pour nous garder captifs.

Ces deux forces travaillent ensemble. La roue infernale nous épuise, les piscines à débordement nous offrent une évasion facile. On passe d’une réunion Zoom à un fil Twitter sans transition, sans jamais vraiment se poser.

Les auteurs ne diabolisent pas la technologie. Ils l’ont créée, ils savent pourquoi elle fonctionne si bien. Leur propos est plutôt de reprendre le contrôle, de décider consciemment comment utiliser ces outils plutôt que de se laisser utiliser par eux.

La méthode en quatre étapes

Make Time se structure autour de quatre étapes à répéter chaque jour. Pas une fois pour toutes, mais quotidiennement. La répétition crée l’habitude, l’habitude libère l’attention.

Highlight : choisir chaque jour une priorité unique. Pas la liste des dix choses à faire, une seule. Ce Highlight est la chose dont on veut se souvenir à la fin de la journée, celle qui donnera le sentiment d’une journée réussie. Elle peut être professionnelle ou personnelle, urgente ou importante, ce qui compte c’est qu’elle ait du sens pour soi.

Laser : rester concentré sur ce Highlight en évitant les distractions. Créer des barrières entre soi et les sources d’interruption. Mettre le téléphone en mode avion, fermer les onglets inutiles, prévenir ses collègues qu’on n’est pas disponible pendant une plage horaire.

Energize : prendre soin de son énergie physique et mentale. Le sommeil, l’alimentation, l’exercice, les pauses. Sans énergie, la concentration est impossible. Les auteurs consacrent une partie importante du livre à ces fondamentaux souvent négligés.

Reflect : faire le point en fin de journée. Qu’est-ce qui a fonctionné ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Cette réflexion permet d’ajuster les tactiques, de trouver progressivement ce qui marche pour soi.

87 tactiques à tester, pas des règles à suivre

Ce qui distingue Make Time des livres de productivité classiques, c’est son approche expérimentale. Les auteurs ne prétendent pas avoir trouvé LA méthode universelle. Ils proposent 87 tactiques testées sur eux-mêmes et invitent le lecteur à expérimenter.

Parmi ces tactiques : fixer un moment unique dans la journée pour consulter ses emails, de préférence le soir quand l’énergie est basse. Supprimer les applications de réseaux sociaux de son téléphone. Faire des siestes de vingt minutes pour recharger. Bloquer des plages de temps non négociables dans son agenda.

Certaines tactiques paraîtront radicales à certains, évidentes à d’autres. L’idée n’est pas de tout appliquer mais de tester, d’observer les résultats, de garder ce qui fonctionne et d’abandonner le reste. Cette approche rejoint celle de The One Thing sur la focalisation, mais avec plus de souplesse dans la mise en œuvre.

Les auteurs encouragent à noter ce qu’on teste et les résultats obtenus. Cette démarche scientifique personnelle permet de construire sa propre méthode, adaptée à son contexte, à son métier, à sa personnalité.

Le Highlight : choisir ce qui compte

Le concept de Highlight mérite qu’on s’y arrête. Comment choisir cette priorité quotidienne ? Knapp et Zeratsky proposent trois critères : l’urgence, la satisfaction et la joie.

L’urgence : qu’est-ce qui doit absolument être fait aujourd’hui ? Parfois une deadline impose le choix. La satisfaction : qu’est-ce qui donnera le plus grand sentiment d’accomplissement ce soir ? La joie : qu’est-ce qui apportera du plaisir, même si ce n’est pas urgent ou productif au sens classique ?

Le Highlight n’est pas forcément professionnel. Passer du temps de qualité avec ses enfants peut être le Highlight du jour. Avancer sur un projet personnel aussi. L’important est que ce soit un choix conscient, pas un automatisme.

Les auteurs suggèrent d’allouer entre 60 et 90 minutes au Highlight. Pas forcément d’un bloc, mais cette durée minimale permet d’avancer réellement, de rentrer dans un état de concentration profonde.

Ce que Make Time change pour un entrepreneur

Pour un dirigeant de PME, la méthode Make Time répond à un problème récurrent : les journées remplies sans avancée sur les sujets de fond. On gère les urgences, on répond aux sollicitations, mais les projets stratégiques stagnent.

Choisir un Highlight chaque matin oblige à se poser la question : qu’est-ce qui fera vraiment avancer mon entreprise aujourd’hui ? Cette discipline simple peut transformer la trajectoire d’une organisation.

Les tactiques de protection de l’attention sont particulièrement utiles pour les entrepreneurs sollicités en permanence. Apprendre à créer des plages de travail protégées, à différer les réponses aux emails, à dire non aux interruptions, ce sont des compétences qui se cultivent.

L’approche expérimentale convient bien au tempérament entrepreneurial. Tester, mesurer, ajuster. Ce cycle d’amélioration continue appliqué à sa propre productivité donne des résultats progressifs mais durables.

Les limites de l’approche Make Time

Le livre assume un biais : il s’adresse à des travailleurs du savoir qui ont une certaine autonomie sur leur emploi du temps. Un salarié en centre d’appels ou un ouvrier en usine n’a pas la même latitude pour organiser sa journée.

Certaines tactiques supposent aussi un environnement favorable. Supprimer les réseaux sociaux de son téléphone quand une partie de son métier passe par ces canaux n’est pas toujours possible. L’adaptation au contexte est nécessaire.

La philosophie individualiste du livre peut aussi poser question. Dans une équipe, tout le monde ne peut pas se mettre en mode « ne pas déranger » en même temps. La coordination collective autour de ces pratiques reste un angle peu abordé.

Enfin, comme tout livre de développement personnel, Make Time demande une discipline et une constance que tous ne maintiendront pas. La méthode ne fonctionne que si on l’applique, et l’appliquer demande un effort initial non négligeable.

Questions fréquentes sur Make Time

En quoi Make Time diffère des autres livres de productivité ?

Make Time propose une approche expérimentale plutôt que prescriptive. Les 87 tactiques sont à tester et adapter selon son propre fonctionnement, pas à appliquer aveuglément.

Faut-il appliquer les quatre étapes chaque jour ?

Oui, la répétition quotidienne est au cœur de la méthode. Highlight, Laser, Energize, Reflect forment un cycle qui s’améliore avec la pratique.

Le livre existe-t-il en français ?

Oui, sous le titre « La méthode Make Time » aux éditions Eyrolles. La traduction conserve l’esprit pratique et les nombreux exemples de l’original.

Comment choisir son Highlight quand tout semble urgent ?

Les auteurs suggèrent de se demander : si je ne pouvais faire qu’une seule chose aujourd’hui, laquelle me donnerait le plus de satisfaction ce soir ? Cette question aide à prioriser.

Make Time est-il compatible avec le travail en équipe ?

Les auteurs animent des ateliers d’entreprise basés sur leur méthode. L’approche peut se déployer collectivement si l’équipe s’accorde sur des règles communes de protection de l’attention.

Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?

Les auteurs suggèrent de tester une tactique pendant au moins une semaine avant de juger. Les résultats significatifs arrivent généralement après quelques semaines d’expérimentation.

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