En bref : Frédéric Fanget distingue trois dimensions de la confiance en soi : l’affirmation de soi, l’estime de soi et la confiance en ses compétences. Son livre décortique sept préjugés qui entretiennent le doute personnel et propose trois clés thérapeutiques pour les dépasser. Une approche structurée, issue de vingt ans de pratique en thérapie cognitive et comportementale.
Frédéric Fanget : un psychiatre qui donne des clés concrètes
Frédéric Fanget n’est pas un coach en développement personnel. Médecin psychiatre et psychothérapeute, il enseigne à l’université Lyon-I et pratique les thérapies comportementales et cognitives depuis plus de vingt ans. Cette double casquette, clinicien et universitaire, donne à son travail une assise que n’ont pas tous les ouvrages sur la confiance en soi.
« Oser : Thérapie de la confiance en soi » est paru en 2003 aux éditions Odile Jacob. Le livre s’est imposé comme une référence francophone sur le sujet. Son succès tient à une promesse simple : proposer une véritable thérapie, pas juste des conseils de bon sens. Fanget s’adresse à ceux qui veulent comprendre leurs blocages avant de les dépasser.
L’ouvrage se structure en trois parties distinctes. La première explique les mécanismes de la confiance en soi. La deuxième analyse sept préjugés hérités de l’enfance qui entretiennent le doute. La troisième propose trois clés thérapeutiques adaptables à chaque profil. Cette architecture permet au lecteur de se situer et de cibler ce qui le concerne vraiment.
Les trois piliers de la confiance en soi
Fanget refuse de traiter la confiance en soi comme un bloc monolithique. Il la décompose en trois dimensions distinctes, chacune avec ses propres mécanismes et ses propres solutions.
Premier pilier : l’affirmation de soi. C’est la capacité à exprimer ses opinions, ses besoins, ses limites. À dire non quand c’est nécessaire. À demander ce qu’on veut sans agressivité ni soumission. Cette dimension concerne notre rapport aux autres et notre capacité à occuper notre place dans les interactions sociales.
Deuxième pilier : l’estime de soi. Elle repose sur la perception de sa propre valeur, indépendamment des réussites ou des échecs. Quelqu’un peut réussir professionnellement tout en ayant une estime de soi fragile. À l’inverse, une personne peut traverser des difficultés sans que son sentiment de valeur personnelle soit entamé. L’estime de soi se construit dans l’enfance mais peut se travailler à tout âge.
Troisième pilier : la confiance en ses compétences. C’est la conviction qu’on peut mener à bien ses projets, qu’on dispose des ressources pour agir efficacement. Cette dimension est plus contextuelle. On peut avoir confiance en ses compétences professionnelles mais douter de ses capacités relationnelles, ou l’inverse.
Cette distinction permet de poser un diagnostic plus fin. Quelqu’un qui n’ose pas prendre la parole en réunion souffre-t-il d’un problème d’affirmation, d’estime ou de confiance en ses compétences ? La réponse oriente vers des solutions différentes.
Sept préjugés qui sabotent votre assurance
La deuxième partie du livre constitue peut-être son apport le plus original. Fanget identifie sept préjugés, souvent acquis dans l’enfance, qui entretiennent le manque de confiance. Ces croyances fonctionnent comme des lunettes déformantes à travers lesquelles nous interprétons la réalité.
« Je ne suis pas capable » : cette conviction pousse à éviter les situations nouvelles et renforce le sentiment d’incompétence par manque d’expérience. Un cercle vicieux s’installe.
« J’ai besoin qu’on m’aime » : ce préjugé conduit à rechercher l’approbation en permanence, à avoir du mal à supporter la critique, à adapter son comportement aux attentes supposées des autres plutôt qu’à ses propres valeurs.
« Je me trouve nul » : l’auto-dévalorisation systématique empêche de reconnaître ses réussites et amplifie les échecs. Le moindre faux pas confirme cette croyance tandis que les succès sont attribués à la chance ou aux circonstances.
« Je dois faire toujours mieux » : le perfectionnisme excessif génère une insatisfaction permanente. Rien n’est jamais assez bien, ce qui épuise et décourage de se lancer dans de nouveaux projets.
« Je n’arrive jamais à me décider » : la peur de se tromper paralyse. On reporte les choix, on demande l’avis de tout le monde, on reste dans l’indécision qui elle-même renforce le doute sur ses capacités.
« Je dois toujours me faire du souci » : l’anticipation anxieuse permanente épuise les ressources mentales et empêche de profiter du présent. On se prépare à des catastrophes qui n’arrivent généralement pas.
« Je dois me méfier des autres » : la défiance généralisée isole et prive des relations de soutien qui pourraient justement renforcer la confiance.
Pour chaque préjugé, Fanget propose des schémas explicatifs montrant les cercles vicieux qui s’installent. Cette approche cognitive permet de prendre du recul sur ses propres pensées automatiques.
Trois clés pour reconstruire sa confiance
La troisième partie du livre passe à la pratique. Fanget propose trois clés thérapeutiques que chacun peut mettre en œuvre selon ses besoins spécifiques.
La première clé concerne l’affirmation de soi. Il s’agit d’apprendre à exprimer ses besoins de manière assertive, ni agressive ni passive. L’auteur propose des exercices progressifs : commencer par des situations à faible enjeu avant d’aborder les plus délicates. Des tableaux permettent de préparer ces situations en identifiant ce qu’on veut dire, comment le formuler, et quelles réactions anticiper.
La deuxième clé travaille l’estime de soi. Fanget invite à identifier ses valeurs personnelles plutôt que de se juger selon des critères externes. Il propose des exercices pour reconnaître ses qualités, accepter ses limites sans s’y réduire, et développer une relation plus bienveillante avec soi-même. Cette approche rejoint ce que Charles Pépin développe dans son essai philosophique sur la confiance en soi.
La troisième clé renforce la confiance en ses compétences. L’idée centrale : le manque de confiance empêche d’agir, ce qui empêche d’acquérir de l’expérience, ce qui renforce le manque de confiance. Pour briser ce cercle, Fanget préconise des actions progressives et bien ciblées. On commence petit, on engrange des succès, et on augmente progressivement la difficulté.
Ces trois clés ne s’excluent pas. Selon son profil, on peut avoir besoin de travailler une dimension plus qu’une autre, ou les trois simultanément. L’important est d’identifier ses zones de fragilité spécifiques.
Un manuel pratique avec ses limites
« Oser » a le mérite de la rigueur. Fanget écrit en praticien qui connaît son sujet sur le terrain. Les schémas explicatifs, les tableaux pratiques, les exercices progressifs témoignent d’une vraie expérience clinique. Ce n’est pas un livre de recettes mais un outil de travail sur soi.
Le style reste accessible malgré la densité du contenu. Fanget évite le jargon psy tout en maintenant la précision conceptuelle. Un lecteur sans formation particulière peut s’approprier les outils proposés.
Cela dit, le livre a ses limites. Il date de 2003 et certaines références ont vieilli. L’approche très structurée peut rebuter ceux qui préfèrent un style plus narratif ou des témoignages. Les exercices demandent un vrai investissement personnel : ce n’est pas une lecture passive.
Par ailleurs, pour les cas de manque de confiance sévère ou associé à d’autres troubles, un livre ne remplacera jamais un accompagnement thérapeutique. Fanget le sait et ne prétend pas le contraire. Son ouvrage s’adresse à ceux qui veulent travailler seuls sur des difficultés modérées ou compléter un suivi professionnel.
Enfin, l’approche cognitive et comportementale a ses détracteurs. Ceux qui préfèrent explorer les causes profondes plutôt que modifier les comportements pourront trouver cette méthode trop pragmatique. C’est une question de sensibilité personnelle.
FAQ
Qui est Frédéric Fanget ?
Frédéric Fanget est médecin psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des thérapies comportementales et cognitives. Il enseigne à l’université Lyon-I et pratique depuis plus de vingt ans. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la confiance et l’affirmation de soi.
Quelles sont les trois dimensions de la confiance en soi selon Fanget ?
Fanget distingue l’affirmation de soi (capacité à s’exprimer et poser ses limites), l’estime de soi (perception de sa propre valeur) et la confiance en ses compétences (conviction de pouvoir mener à bien ses projets). Chaque dimension peut être travaillée spécifiquement.
Ce livre convient-il aux entrepreneurs ?
Oui, particulièrement pour ceux qui hésitent à se lancer, peinent à négocier ou à s’affirmer face aux clients et partenaires. Les exercices sur l’affirmation de soi et la confiance en ses compétences sont directement applicables au contexte professionnel.
Quelle est l’approche thérapeutique utilisée ?
Fanget utilise les thérapies comportementales et cognitives (TCC). Cette approche vise à identifier les pensées automatiques négatives et à les modifier par des exercices pratiques progressifs. Elle se concentre sur le présent plutôt que sur l’exploration du passé.
Peut-on utiliser ce livre seul ou faut-il un thérapeute ?
Le livre est conçu pour un travail autonome sur des difficultés modérées. Pour un manque de confiance sévère ou associé à d’autres troubles (dépression, anxiété généralisée), un accompagnement professionnel reste recommandé. Le livre peut alors servir de complément.
Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?
Fanget ne promet pas de résultats rapides. Les exercices demandent une pratique régulière sur plusieurs semaines. Les premiers changements peuvent apparaître assez vite mais un travail de fond prend généralement plusieurs mois.
Le livre est-il toujours d’actualité malgré sa date de parution ?
Paru en 2003, « Oser » reste pertinent car les mécanismes psychologiques qu’il décrit n’ont pas changé. Seules quelques références culturelles datent un peu. Les principes des TCC et les exercices proposés demeurent valides et utilisés en pratique clinique.

