En bref : Erika Andersen propose un modèle en six étapes pour développer une pensée stratégique applicable au quotidien. Le livre utilise la métaphore du château médiéval : clarifier l’objectif (le château sur la colline), identifier les obstacles (les trolls sous le pont), puis tracer le chemin. Une approche accessible pour les dirigeants qui veulent dépasser le discours stratégique et passer à l’action.
Erika Andersen : de la pratique à la méthode
Erika Andersen dirige Proteus International depuis 1990, une société de conseil en développement organisationnel. Sa clientèle inclut des entreprises de premier plan : MTV Networks, General Electric, Time Inc., NBC Universal ou encore le restaurateur Danny Meyer, fondateur de Shake Shack.
Being Strategic, publié en 2009, est son deuxième livre après Growing Great Employees. L’ouvrage naît d’un constat : tout le monde parle de stratégie, mais peu de personnes savent vraiment ce que signifie « penser stratégiquement ». Entre les plans PowerPoint jamais appliqués et les décisions prises au fil de l’eau, il existe un fossé que le livre cherche à combler.
L’auteure ne vient pas du monde académique. Son approche est ancrée dans la pratique, tirée de décennies d’intervention auprès de dirigeants confrontés à des choix complexes. Cette expérience de terrain se retrouve dans les nombreux exemples concrets qui parsèment l’ouvrage.
Le modèle du château sur la colline
Le livre s’articule autour d’une métaphore médiévale. Andersen raconte l’histoire de nobles gallois du XIIIe siècle qui construisent un château. Cette image sert de fil conducteur pour expliquer les étapes de la pensée stratégique.
La première étape consiste à clarifier le problème. Avant de chercher des solutions, il faut comprendre précisément ce qu’on essaie d’accomplir. Beaucoup de dirigeants foncent vers des réponses sans avoir formulé clairement la question.
La deuxième étape demande d’évaluer la situation actuelle. Où en est-on réellement ? Quelles ressources possède-t-on ? Quelles contraintes pèsent sur l’organisation ? Cette analyse honnête évite les plans irréalistes.
La troisième étape est la vision du « château sur la colline ». C’est l’objectif final, l’état désiré vers lequel on tend. Andersen insiste sur l’importance de visualiser concrètement ce succès.
La quatrième étape identifie les « trolls sous le pont » : les obstacles qui se dressent entre la situation actuelle et l’objectif. Concurrents, manque de ressources, résistances internes, réglementations : tout ce qui peut bloquer le chemin.
La cinquième étape trace le chemin. Quelles stratégies principales adopter ? Quelles tactiques pour les mettre en œuvre ? C’est le passage du rêve au plan d’action.
La sixième étape rappelle que la stratégie n’est jamais figée. Les conditions changent, les obstacles évoluent, les opportunités surgissent. Réévaluer régulièrement permet de rester adapté.
Le filtre F.I.T. pour valider ses stratégies
Andersen propose un outil simple pour tester la pertinence d’une stratégie : le critère F.I.T.
Le F correspond à la faisabilité. La stratégie envisagée est-elle réalisable avec les ressources disponibles ? Un plan brillant sur le papier mais impossible à exécuter ne sert à rien.
Le I renvoie à l’impact. Quel retour peut-on attendre de l’investissement en temps, en argent, en énergie ? Certaines actions demandent peu d’efforts pour un résultat significatif. D’autres coûtent beaucoup pour un bénéfice marginal.
Le T concerne le timing. Certaines actions doivent précéder d’autres. Certaines opportunités ont une fenêtre limitée. Savoir quoi faire dans quel ordre fait partie de la pensée stratégique.
Ce filtre permet d’éliminer rapidement les fausses bonnes idées et de concentrer l’énergie sur ce qui a le plus de chances de fonctionner.
Ce que ça change pour un entrepreneur
Pour un dirigeant de PME ou un entrepreneur, le livre offre un cadre de réflexion structuré. Beaucoup de créateurs naviguent à vue, réagissant aux événements sans vision d’ensemble. Le modèle d’Andersen permet de prendre du recul et de structurer sa réflexion.
La première application concerne la définition des priorités. Face à des dizaines de projets possibles, le filtre F.I.T. aide à identifier ceux qui méritent l’attention immédiate.
La deuxième application touche à l’anticipation des obstacles. Beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment les difficultés. L’exercice des « trolls sous le pont » oblige à regarder en face ce qui pourrait mal tourner.
La troisième application concerne la communication. Le modèle du château donne un langage commun pour parler de stratégie avec son équipe, ses associés ou ses investisseurs.
Un cadre utile mais à contextualiser
Le livre date de 2009. Certains exemples peuvent paraître datés. Le contexte économique et technologique a évolué, même si les principes fondamentaux restent valides.
La métaphore médiévale, originale au départ, peut lasser sur la longueur. Certains lecteurs préféreront des approches plus directes.
L’ouvrage s’adresse principalement à un public américain. Les références culturelles et les exemples d’entreprises reflètent ce contexte. Un lecteur français devra adapter certaines recommandations.
Enfin, le livre reste dans le registre de la réflexion stratégique personnelle ou pour petites équipes. Pour des organisations plus complexes, d’autres ressources seront nécessaires.
Questions fréquentes
Being Strategic est-il disponible en français ?
Le livre a été traduit en français, ainsi qu’en espagnol, turc, allemand, russe et chinois. L’édition française se trouve en librairie ou en occasion.
Quelle différence avec les livres de stratégie classiques ?
Andersen se concentre sur la pensée stratégique comme compétence à développer, pas sur les grandes théories de la stratégie d’entreprise. C’est un guide pratique, pas un traité académique.
Le modèle du château s’applique-t-il à la vie personnelle ?
Oui, l’auteure l’utilise aussi pour les objectifs de carrière ou les projets personnels. Le cadre fonctionne dès qu’il y a un écart entre une situation actuelle et un objectif souhaité.
Quel lien avec Growing Great Employees ?
Les deux livres se complètent. Growing Great Employees traite du développement des collaborateurs. Being Strategic aborde la réflexion et la planification. Un dirigeant a besoin des deux compétences.
Le livre propose-t-il des exercices pratiques ?
Oui, chaque chapitre contient des questions de réflexion et des outils à appliquer. Le format permet de travailler sur sa propre situation en parallèle de la lecture.
Qui est Danny Meyer cité dans le livre ?
Danny Meyer est un restaurateur américain, fondateur de Union Square Hospitality Group et de la chaîne Shake Shack. Andersen l’a accompagné et utilise son parcours comme illustration.

