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Mieux se souvenir en variant son environnement : la technique contre-intuitive de Benedict Carey

En bref : Contrairement aux conseils habituels, étudier toujours au même endroit n’est pas optimal. Benedict Carey démontre que varier les lieux et contextes d’apprentissage crée des associations multiples qui facilitent le rappel dans n’importe quelle situation. Une découverte qui transforme notre approche de la formation et du travail.

Le mythe du lieu d’étude idéal

On nous a toujours dit qu’il fallait un endroit calme et dédié pour bien apprendre. Un bureau rangé, une lumière adaptée, le silence. Les conseils de productivité recommandent de créer un espace de travail optimal et de s’y tenir. Benedict Carey, journaliste scientifique au New York Times, nous explique dans son livre « How We Learn » que cette croyance est non seulement fausse mais contre-productive.

Les recherches en psychologie cognitive montrent que la mémoire est profondément contextuelle. Quand vous apprenez quelque chose dans un environnement particulier, cette information devient associée à cet environnement. Le problème survient quand vous devez vous rappeler cette information ailleurs. Sans les indices contextuels habituels, la récupération devient plus difficile.

C’est ce qu’on appelle l’encodage spécifique au contexte. Les plongeurs qui apprennent une liste de mots sous l’eau s’en souviennent mieux sous l’eau que sur terre. Les étudiants qui révisent dans la salle d’examen obtiennent de meilleurs résultats que ceux qui révisent ailleurs. Le contexte d’apprentissage devient une partie intégrante du souvenir.

La solution par la variation

Si apprendre dans un seul contexte lie le souvenir à ce contexte, la solution logique est de multiplier les contextes. En étudiant la même matière dans des lieux différents, vous créez des associations multiples. Le souvenir n’est plus dépendant d’un environnement unique. Il devient accessible dans diverses situations.

Des expériences menées dans les années 1970 ont validé cette approche. Des étudiants qui révisaient le même contenu dans deux pièces différentes surpassaient systématiquement ceux qui étudiaient deux fois dans la même pièce. La variation environnementale enrichit l’encodage mémoriel et facilite le rappel ultérieur.

Ce n’est pas seulement le lieu physique qui compte. L’heure de la journée, la musique de fond, l’humeur, la posture. Tous ces éléments font partie du contexte d’apprentissage. Varier ces paramètres entre les sessions d’étude renforce la robustesse du souvenir. L’information devient accessible indépendamment des conditions du moment.

Le contexte interne compte aussi

Carey souligne que le contexte n’est pas uniquement externe. Notre état physiologique et émotionnel au moment de l’apprentissage fait également partie de l’encodage. Des études ont montré que les personnes qui apprennent quelque chose en étant tristes s’en souviennent mieux quand elles sont à nouveau tristes.

Ce phénomène a des implications pratiques. Si vous préparez une présentation importante dans un état de calme absolu, vous risquez d’avoir du mal à vous rappeler vos points clés sous le stress de la situation réelle. Mieux vaut intégrer un peu de pression pendant la préparation pour que l’état émotionnel corresponde au contexte de performance.

La fatigue, la caféine, l’exercice physique récent. Tous ces facteurs modifient notre état interne et donc notre contexte d’apprentissage. En variant ces paramètres, vous rendez vos souvenirs plus résilients, moins dépendants d’un état particulier pour être récupérés.

Applications pour les professionnels

Pour un dirigeant ou un entrepreneur, ces découvertes changent la manière d’aborder la formation continue. Lire un livre de management toujours au même endroit, dans les mêmes conditions, limite l’utilité de cette lecture. Les idées restent associées à ce contexte spécifique et peinent à émerger en situation professionnelle réelle.

La solution est simple. Variez vos lieux de lecture. Un chapitre au bureau, un autre dans un café, un troisième dans les transports. Cette diversité contextuelle facilite le transfert des connaissances vers les situations concrètes où vous en aurez besoin. Pour approfondir les autres techniques d’apprentissage de Carey, notamment sur le rôle surprenant de l’oubli dans la mémorisation, son livre offre de nombreuses pistes.

Pour la préparation de présentations ou de négociations, entraînez-vous dans des conditions variées. Debout puis assis. Seul puis devant des collègues. Le matin puis le soir. Cette variation rend votre préparation plus robuste et vos souvenirs plus accessibles le jour J, quelle que soit la situation.

Les réunions et la formation d’équipe

Les entreprises organisent souvent leurs formations dans des salles dédiées, toujours les mêmes. Cette pratique crée un apprentissage contextuel fort mais fragile. Les participants retiennent l’information en salle de formation mais peinent à la mobiliser de retour à leur poste de travail.

Varier les lieux de formation, même au sein des locaux de l’entreprise, améliore le transfert des compétences. Une session en salle de réunion, une autre dans l’open space, une troisième en extérieur si possible. Cette diversité environnementale facilite l’intégration des apprentissages dans le quotidien professionnel.

Le même principe s’applique aux réunions récurrentes. Changer occasionnellement de salle, de disposition, d’horaire, peut favoriser de nouvelles idées. Le cerveau associe les lieux aux types de pensées qui y ont émergé. Changer de contexte peut débloquer de nouvelles perspectives.

Les limites de la variation contextuelle

Cette technique a ses limites. Pour certains apprentissages très procéduraux, la constance environnementale peut être préférable. Un pilote s’entraîne dans un simulateur qui reproduit exactement le cockpit réel. La variation serait ici contre-productive car le contexte de performance est toujours le même.

De plus, la variation ne doit pas devenir une source de distraction. Travailler dans un environnement bruyant ou inconfortable par souci de variation n’a pas de sens. L’idée est de varier entre des contextes tous acceptables pour l’apprentissage, pas de s’imposer des conditions difficiles.

Enfin, certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux effets de contexte. Pour ceux qui ont développé des routines d’apprentissage très efficaces dans un environnement fixe, le changement peut initialement perturber plus qu’aider. L’adaptation doit être progressive.

Mettre en pratique

Commencez par identifier vos apprentissages les plus importants du moment. Un nouveau logiciel, une langue étrangère, des connaissances techniques. Pour chacun, listez trois ou quatre lieux où vous pourriez étudier ce sujet. Alternez entre ces lieux lors de vos sessions.

Variez aussi les moments de la journée. Si vous révisez habituellement le soir, essayez quelques sessions le matin. Si vous êtes toujours au calme, ajoutez parfois un fond sonore. Ces variations n’ont pas besoin d’être extrêmes. De légers changements suffisent à enrichir l’encodage.

Observez vos résultats. Notez si vous vous souvenez mieux des informations apprises dans des contextes variés. La plupart des gens constatent une amélioration, particulièrement quand ils doivent mobiliser leurs connaissances dans des situations nouvelles ou stressantes.

FAQ

Est-ce que cela signifie que je ne devrais jamais avoir de bureau dédié ?

Non, un espace de travail organisé reste utile pour la productivité quotidienne. L’idée est simplement de ne pas y confiner tous vos apprentissages. Gardez votre bureau pour le travail courant, mais variez les lieux quand vous apprenez quelque chose de nouveau que vous devrez utiliser ailleurs.

Combien de contextes différents sont nécessaires ?

Les études suggèrent que deux à trois contextes différents apportent déjà des bénéfices significatifs. Au-delà, les gains marginaux diminuent. L’important n’est pas de multiplier les lieux à l’infini mais de créer suffisamment de diversité pour que le souvenir ne dépende pas d’un seul environnement.

Cette technique fonctionne-t-elle pour la mémorisation de chiffres ou de données ?

Les effets de contexte sont plus marqués pour la mémoire épisodique et les connaissances complexes. Pour la simple mémorisation de faits isolés, la répétition espacée est souvent plus efficace. La variation contextuelle complète cette technique mais ne la remplace pas.

Mon entreprise impose les formations dans une salle unique. Que faire ?

Vous pouvez compenser en variant votre contexte interne. Changez de place dans la salle d’une session à l’autre. Prenez des notes à la main puis sur ordinateur. Révisez le soir ce qui a été vu le matin. Ces petites variations suffisent à enrichir l’encodage malgré la contrainte spatiale.

Le télétravail change-t-il quelque chose à cette approche ?

Le télétravail peut paradoxalement réduire la variété contextuelle si vous travaillez toujours au même endroit chez vous. Profitez de la flexibilité pour varier. Bureau le matin, salon l’après-midi. Terrasse quand le temps le permet. Café de temps en temps. Cette mobilité enrichit vos apprentissages.

Existe-t-il des applications qui aident à gérer cette variation ?

Pas directement, mais vous pouvez utiliser un simple rappel dans votre agenda pour vous inciter à changer de lieu d’étude. Certains utilisent des applications de productivité pour noter où ils ont étudié quoi et s’assurer d’une rotation suffisante entre les contextes.

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