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L’entrepreneur est un menteur d’Alain Fernandez : pourquoi imaginer le futur est la vraie compétence entrepreneuriale

En bref : Alain Fernandez défend une thèse provocante mais libératrice. L’entrepreneur « ment » parce qu’il projette une réalité qui n’existe pas encore. Cette capacité à déformer le présent pour construire le futur constitue le cœur même de l’acte d’entreprendre. Loin d’être immoral, ce mensonge créatif fonde l’innovation.

Alain Fernandez, consultant et observateur de l’entrepreneuriat

Alain Fernandez est consultant-formateur international spécialisé dans les questions de management de la performance et d’aide à la décision. Consultant indépendant depuis plus de trente ans, il a dirigé et accompagné de nombreux projets d’entreprise en France comme à l’étranger. Auteur de plusieurs ouvrages de référence dont « À son compte » et « Le chef de projet efficace », il analyse les ressorts psychologiques et stratégiques de l’entrepreneuriat.

Son regard sur l’entrepreneur diffère des discours convenus. Là où d’autres célèbrent le visionnaire ou le leader charismatique, Fernandez s’intéresse à ce qui se passe vraiment dans la tête de celui qui crée. Et ce qu’il y trouve ressemble étrangement à une forme de fiction assumée.

Le mensonge comme acte fondateur de l’entreprise

Le titre du livre peut choquer. Traiter l’entrepreneur de menteur semble péjoratif. Fernandez renverse cette lecture. Le mensonge dont il parle n’a rien de moral ou d’immoral. Il désigne la capacité à affirmer comme réel ce qui n’existe pas encore.

Quand un créateur d’entreprise présente son projet à des investisseurs, que fait-il exactement ? Il décrit un produit parfois inachevé, un marché supposé mais non validé, des clients hypothétiques, des revenus à venir. Il parle au futur comme si c’était déjà le présent. Cette projection constitue selon Fernandez le cœur de l’acte entrepreneurial.

Le salarié vit dans le présent de l’entreprise qui l’emploie. L’entrepreneur vit dans un futur qu’il doit rendre présent par sa volonté et ses actes. Cette différence de temporalité explique pourquoi beaucoup de salariés peinent à franchir le pas. Ils n’arrivent pas à se projeter dans une réalité qui n’existe pas.

L’hypothèse comme outil de travail quotidien

Fernandez pousse plus loin son analyse. L’entrepreneur ne ment pas seulement au démarrage. Il continue ensuite à travailler sur des hypothèses permanentes. Ce produit va plaire aux clients. Ce prix sera accepté. Ce canal de distribution fonctionnera. Telle embauche renforcera l’équipe.

Chaque décision entrepreneuriale repose sur des suppositions. Le dirigeant d’une grande entreprise dispose de données, d’études de marché, d’historiques de vente. Le créateur travaille souvent avec peu d’informations fiables. Il doit donc « inventer » ses certitudes pour pouvoir avancer.

Cette posture demande un courage particulier. Elle expose à l’échec puisque les hypothèses peuvent se révéler fausses. Elle demande aussi une forme de confiance en soi que tout le monde ne possède pas naturellement.

La vision comme déformation productive de la réalité

L’auteur relie son propos à la notion de vision entrepreneuriale. Avoir une vision, c’est voir ce que les autres ne voient pas. C’est percevoir une opportunité là où d’autres ne distinguent rien. C’est imaginer un produit dont personne n’a encore ressenti le besoin.

Steve Jobs voyait des ordinateurs personnels quand l’industrie pensait mainframes. Elon Musk imagine des voitures électriques quand le secteur automobile mise sur le thermique. Ces entrepreneurs « mentent » au présent pour créer le futur. Leur vision est une fiction qui devient réalité par leur action.

Fernandez souligne que cette capacité de déformation n’est pas réservée aux génies. Tout créateur d’entreprise, à son échelle, fait le même exercice. Le restaurateur qui ouvre son établissement imagine des clients attablés avant même d’avoir servi le premier repas.

Ce que cette vision change pour un dirigeant

Accepter cette dimension « fictionnelle » de l’entrepreneuriat libère de plusieurs façons. D’abord, elle déculpabilise l’entrepreneur qui doute. Douter est normal puisqu’on travaille sur des hypothèses non vérifiées. L’absence de doute serait même inquiétante.

Ensuite, elle invite à assumer pleinement la dimension créative de l’acte d’entreprendre. L’entrepreneur n’est pas seulement un gestionnaire ou un commercial. Il est d’abord quelqu’un qui invente une réalité nouvelle. Cette posture demande de l’audace et de l’imagination.

Enfin, elle rappelle que la communication entrepreneuriale repose sur la narration. Raconter une histoire convaincante fait partie du métier. Les investisseurs, les clients, les collaborateurs achètent d’abord une vision avant d’acheter un produit ou de rejoindre une équipe. Si vous cherchez à développer vos principes de succès personnel, ce livre complète utilement votre réflexion.

Les limites de cette approche

Le livre pose une question délicate : où s’arrête le mensonge créatif et où commence la tromperie ? Fernandez distingue la projection sincère de la manipulation cynique. L’entrepreneur qui croit à son projet « ment » de bonne foi. Celui qui sait pertinemment que son produit ne fonctionnera jamais trompe délibérément.

Cette frontière reste floue dans la pratique. Combien de startups ont levé des fonds sur des projections irréalistes que leurs fondateurs savaient inatteignables ? La ligne entre optimisme entrepreneurial et escroquerie n’est pas toujours évidente à tracer.

Par ailleurs, l’approche de Fernandez valorise implicitement une forme d’entrepreneuriat héroïque. Or, beaucoup d’entreprises réussissent sans vision révolutionnaire, simplement en faisant bien leur métier dans un marché existant.

Questions fréquentes

Ce livre encourage-t-il vraiment à mentir ?

Pas au sens moral du terme. Fernandez utilise le mot « menteur » pour désigner la capacité de l’entrepreneur à projeter une réalité future qui n’existe pas encore. Il s’agit d’une fiction créatrice, pas d’une tromperie.

Qui est réellement Alain Fernandez ?

Consultant-formateur international depuis plus de trente ans, il est spécialisé dans le management de la performance et l’aide à la décision. Il a écrit plusieurs ouvrages sur l’entrepreneuriat et le management, notamment « À son compte » et « Le chef de projet efficace ».

Ce livre convient-il à quelqu’un qui hésite à créer son entreprise ?

Il peut aider à comprendre la dimension psychologique de l’acte d’entreprendre. En déculpabilisant le doute et en valorisant l’imagination, il offre une perspective libératrice pour ceux qui hésitent.

Comment développer sa capacité de vision entrepreneuriale ?

Fernandez suggère de s’entraîner à imaginer des futurs possibles, à questionner les évidences du présent et à observer ce que les autres ne regardent pas. La vision se cultive par la curiosité et l’ouverture.

Existe-t-il des limites éthiques au « mensonge » entrepreneurial ?

L’auteur distingue clairement la projection sincère de la manipulation. L’entrepreneur doit croire à son propre récit. La frontière éthique se situe dans l’intention : créer de la valeur ou simplement tromper pour en extraire.

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