En bref : Laura Vanderkam remet en question notre perception du manque de temps. En analysant la semaine de 168 heures plutôt que la journée de 24 heures, elle démontre que même les plus occupés d’entre nous ont des marges de manœuvre considérables. La clé n’est pas de trouver plus de temps, mais de mieux l’allouer.
Laura Vanderkam, l’experte de la gestion du temps
Laura Vanderkam écrit sur la productivité et la gestion du temps depuis plus de quinze ans. Journaliste de formation, elle a publié plusieurs livres sur le sujet, dont I Know How She Does It et Off the Clock. Avec 168 Hours, paru en 2010, elle propose un changement de perspective radical sur notre rapport au temps.
Sa méthode repose sur une observation simple mais négligée : nous pensons nos journées mais nous vivons nos semaines. Une journée de 24 heures semble terriblement courte. Une semaine de 168 heures offre une tout autre perspective. En prenant du recul, les contraintes apparentes se révèlent souvent moins rigides qu’on ne le croit.
Vanderkam ne vend pas de solutions miracles. Elle invite à un travail honnête d’audit de son temps, qui peut s’avérer inconfortable. Où vont réellement vos heures ? La réponse surprend souvent.
Le mythe du manque de temps
« Je n’ai pas le temps » est devenu un réflexe linguistique. Vanderkam traduit cette phrase différemment : « Ce n’est pas une priorité. » Nous avons tous le même capital de 168 heures par semaine. La différence réside dans les choix d’allocation.
Prenons un calcul simple. Un emploi à temps plein représente environ 40 heures par semaine. Le sommeil, à raison de 8 heures par nuit, en consomme 56. Il reste donc 72 heures pour tout le reste. C’est énorme. L’équivalent de presque deux semaines de travail supplémentaires.
Où passent ces 72 heures ? C’est là que l’exercice devient révélateur. Vanderkam a fait tenir des journaux de temps à des centaines de personnes. Les résultats montrent systématiquement des heures « perdues » dans des activités non conscientes : télévision, réseaux sociaux, tâches ménagères excessives, temps de transition mal optimisé.
La méthode des 168 heures
Le livre propose un processus en quatre étapes. La première consiste à enregistrer son temps pendant une semaine complète. Pas par grandes catégories vagues, mais heure par heure, avec des détails précis. Au lieu d’écrire « dîner », notez « préparé une salade et mangé devant la télé » ou « commandé une pizza et discuté avec les enfants ».
La deuxième étape analyse ces données. Regroupez les activités par catégories : sommeil, travail, réseaux sociaux, temps en famille, sport. Calculez les totaux. Êtes-vous satisfait de ces chiffres ? Correspondent-ils à ce que vous prétendez valoriser ?
Vient ensuite l’identification des rêves et des « étapes actionnables » qu’ils requièrent. Que voudriez-vous faire si vous aviez plus de temps ? Écrire un livre, apprendre une langue, passer plus de moments avec vos proches. Transformez ces aspirations en actions concrètes et estimez le temps nécessaire.
La dernière étape optimise ce que Vanderkam appelle les « compétences clés » et délègue ou minimise le reste. Qu’est-ce que vous seul pouvez faire ? Concentrez-vous dessus. Tout le reste peut potentiellement être délégué, automatisé ou simplement abandonné.
Remplir le pot avec les gros cailloux d’abord
Vanderkam utilise une métaphore devenue classique : remplir un pot avec des cailloux, du gravier et du sable. Si vous commencez par le sable, les gros cailloux ne rentreront pas. Si vous placez d’abord les gros cailloux, le gravier et le sable trouveront leur place dans les interstices.
Appliqué au temps, cela signifie planifier d’abord les activités importantes. Le sport, le temps en famille, le projet personnel significatif. Ce sont vos gros cailloux. Les emails, les courses, les petites tâches administratives sont le sable. Ils trouveront leur place si vous commencez par ce qui compte vraiment.
Cette approche rejoint les principes de Stephen Covey dans Les 7 habitudes, mais avec un accent plus prononcé sur la mesure concrète du temps.
Ce que ça change pour un professionnel
Pour un dirigeant ou un entrepreneur, 168 Hours offre un cadre pour sortir du mode « réactif » permanent. Au lieu de subir son agenda, on peut le concevoir intentionnellement. Le livre encourage à bloquer des plages pour le travail stratégique avant de laisser les urgences remplir les espaces vides.
Vanderkam insiste sur l’importance de faire un travail qu’on aime. Si vous passez 40 à 50 heures par semaine à faire quelque chose qui vous épuise, aucune technique de gestion du temps ne compensera. La question n’est pas seulement « comment optimiser mon temps » mais « comment utiliser mon temps pour des choses qui comptent ».
Le livre aborde aussi la question de la délégation, souvent négligée par les entrepreneurs. Certaines tâches que vous faites vous-même pourraient être confiées à d’autres, libérant du temps pour vos vraies compétences clés. Le coût de la délégation est souvent inférieur à la valeur du temps libéré.
Les limites de l’approche
168 Hours s’adresse principalement à des professionnels qui ont une certaine maîtrise de leur emploi du temps. Les personnes avec des contraintes rigides, horaires imposés, obligations familiales lourdes, trouveront certains conseils difficiles à appliquer.
Le livre peut aussi créer une forme de culpabilité. Si le temps existe, pourquoi ne l’utilisez-vous pas mieux ? Cette logique peut devenir toxique pour les personnes déjà en surcharge ou en situation de burnout.
Vanderkam écrit depuis une perspective américaine de classe moyenne supérieure. La délégation qu’elle recommande, aide ménagère, garde d’enfants, n’est pas accessible à tous les budgets. Ces conseils demandent une adaptation au contexte de chacun.
Enfin, l’exercice de journalisation du temps est exigeant. Une semaine d’enregistrement heure par heure demande une discipline que tout le monde n’a pas. Certains abandonneront avant d’avoir des données exploitables.
Questions fréquentes sur 168 Hours
Faut-il vraiment noter chaque heure pendant une semaine ?
C’est l’idéal pour avoir une image précise. Si c’est trop contraignant, commencez par trois jours représentatifs. L’important est de sortir des perceptions subjectives pour avoir des données réelles.
Comment gérer les imprévus dans ce système ?
Vanderkam recommande de prévoir des marges dans l’emploi du temps. Les imprévus sont prévisibles dans leur existence, sinon dans leur nature. Gardez des plages tampons plutôt que de planifier chaque minute.
Cette méthode fonctionne-t-elle pour les parents ?
Oui, même si les contraintes sont plus fortes. Vanderkam a elle-même quatre enfants et a écrit I Know How She Does It spécifiquement sur la conciliation vie professionnelle et familiale. Le principe des gros cailloux reste valable.
168 Hours est-il disponible en français ?
Le livre n’a pas été traduit officiellement en français. Le concept est cependant accessible et les outils proposés peuvent être appliqués sans lire l’original.
Quelle différence avec Getting Things Done de David Allen ?
GTD se concentre sur la gestion des tâches et des projets. 168 Hours adopte une perspective plus large sur l’allocation du temps à l’échelle de la semaine. Les deux approches sont complémentaires.
Par où commencer concrètement ?
Tenez un journal de temps pendant une semaine. Analysez les résultats. Identifiez vos « gros cailloux ». Planifiez-les en premier dans votre semaine suivante. Répétez et ajustez.

