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Nine Lies About Work de Buckingham et Goodall : neuf vérités inconfortables sur le management

En bref : Marcus Buckingham et Ashley Goodall démontent neuf croyances managériales que nous tenons pour acquises. Non, les gens ne se soucient pas de l’entreprise pour laquelle ils travaillent, mais de leur équipe. Non, les meilleurs collaborateurs ne sont pas polyvalents, ils sont excellents sur quelques points précis. Non, le feedback négatif n’améliore pas la performance. Basé sur des décennies de recherche chez Gallup, Deloitte et Cisco, ce livre secoue les pratiques RH établies. Disponible uniquement en anglais.

Marcus Buckingham et Ashley Goodall : le tandem qui ose contredire les RH

Marcus Buckingham n’est pas un provocateur de salon. Il a passé 19 ans comme vice-président senior chez Gallup, où il a contribué à développer les fameuses enquêtes d’engagement. Il est aujourd’hui responsable de la recherche sur les personnes et la performance à l’ADP Research Institute. Neuf livres sur le management à son actif, dont plusieurs best-sellers internationaux.

Ashley Goodall apporte la crédibilité du praticien. Après quatorze ans chez Deloitte où il dirigeait le développement des leaders et la gestion de la performance, il est devenu vice-président senior chez Cisco, en charge du Leadership et de l’Intelligence d’équipe. Ce n’est pas un théoricien qui observe de loin. Il vit ces problématiques au quotidien dans des organisations de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Les deux auteurs ont co-signé plusieurs articles remarqués dans la Harvard Business Review, notamment « Reinventing Performance Management » et « The Feedback Fallacy ». Ces publications ont déjà commencé à ébranler les certitudes de nombreux directeurs des ressources humaines avant même la sortie du livre.

Leur collaboration produit un ouvrage qui a été salué comme le meilleur livre de management de l’année par strategy+business magazine. Pas mal pour un livre qui dit à ses lecteurs que la plupart de ce qu’ils croient savoir sur le management est faux.

Les neuf mensonges qui gangrènent nos organisations

Les auteurs identifient neuf « mensonges » qui structurent nos organisations et nos pratiques managériales.

Mensonge 1 : Les gens se soucient de l’entreprise pour laquelle ils travaillent. La réalité ? Ils se soucient de leur équipe. L’engagement est local, pas global. La culture d’entreprise compte moins que la qualité du manager direct.

Mensonge 2 : Le meilleur plan gagne. En fait, les plans détaillés deviennent obsolètes dès qu’ils rencontrent le terrain. Mieux vaut donner des objectifs clairs et des informations en temps réel, puis laisser les équipes s’adapter.

Mensonge 3 : Les meilleures entreprises déclinent les objectifs en cascade. Cette pratique bureaucratique étouffe l’initiative. Il faut aligner sur le sens et la mission, pas sur des objectifs chiffrés descendus d’en haut.

Mensonge 4 : Les meilleurs collaborateurs sont polyvalents. Faux. Les meilleurs sont « spiky », c’est-à-dire excellents sur quelques compétences très spécifiques. Chercher à arrondir les profils, c’est fabriquer des gens moyens en tout.

Mensonge 5 : Les gens ont besoin de feedback. Ce dont ils ont besoin, c’est d’attention. Et l’attention positive produit des résultats bien supérieurs à la critique. Le feedback négatif ne corrige pas les comportements, il génère de la défense.

Mensonge 6 : Les gens peuvent évaluer les autres de manière fiable. Non. Toute évaluation est subjective. Ce qu’on peut évaluer de manière fiable, c’est notre propre expérience d’un collaborateur, pas sa « vraie » performance.

Mensonge 7 : Les gens ont du potentiel. Tout le monde a du potentiel. La vraie question est celle du momentum : la direction et la vitesse de progression de chaque individu.

Mensonge 8 : L’équilibre vie professionnelle-vie personnelle compte. Ce qui compte vraiment, c’est de trouver du sens et de l’énergie dans ce qu’on fait, pas de cloisonner artificiellement deux sphères de vie.

Mensonge 9 : Le leadership est une chose. Il n’existe pas de compétences de leadership universelles. Les leaders efficaces sont tous différents, ils ont simplement des suiveurs.

Trois vérités qui changent tout pour un manager

De ces neuf mensonges découlent des implications pratiques considérables pour quiconque dirige une équipe.

Première vérité : votre rôle principal n’est pas de donner du feedback, mais de porter attention. Buckingham et Goodall citent des études montrant que le feedback négatif active les zones cérébrales de la menace, pas celles de l’apprentissage. À l’inverse, remarquer ce qui fonctionne et le souligner crée les conditions de la progression. « Tu as bien géré cette situation parce que… » est plus utile que « Tu aurais dû faire autrement ».

Deuxième vérité : arrêtez de vouloir combler les faiblesses de vos collaborateurs. L’excellence ne se construit pas sur le comblement des lacunes mais sur l’amplification des forces. Un commercial introverti ne deviendra jamais un extraverti flamboyant, mais il peut devenir un expert de la vente consultative et de la relation de confiance.

Troisième vérité : l’équipe est plus importante que l’organisation. Les grandes entreprises investissent des fortunes dans la « culture corporate », les valeurs affichées, les séminaires d’intégration. Buckingham et Goodall montrent que ces efforts sont souvent vains. Ce qui prédit l’engagement, la performance et la rétention, c’est la qualité de l’équipe immédiate et du manager direct.

Ce que ça change pour un dirigeant

Pour un dirigeant de PME ou un entrepreneur, ces enseignements remettent en cause des pratiques souvent considérées comme des bonnes pratiques.

Le recrutement change de perspective. Au lieu de chercher des profils « complets » qui cochent toutes les cases, il devient pertinent de chercher des profils « spiky » qui excellent sur les compétences vraiment nécessaires au poste. Accepter les angles morts au profit des pics de compétence.

L’évaluation annuelle mérite d’être repensée. Les auteurs ont d’ailleurs contribué à faire évoluer le système d’évaluation chez Deloitte, passant d’un système de notation à 360° à un modèle basé sur des check-ins fréquents et des questions simples au manager direct.

La formation prend une autre direction. Au lieu d’investir dans des formations généralistes pour combler les faiblesses, mieux vaut identifier les forces de chaque collaborateur et créer les conditions pour qu’il les utilise plus souvent. Le livre rejoint sur ce point The Way We’re Working Isn’t Working de Tony Schwartz, autre ouvrage qui remet en cause nos façons de travailler.

Enfin, la question du télétravail et des équipes distribuées prend un éclairage nouveau. Si ce qui compte vraiment est la qualité de l’équipe proche, alors la distance physique peut poser problème. Mais pas pour les raisons qu’on croit : le vrai enjeu est de maintenir l’attention portée à chaque membre, pas le contrôle de leur présence.

Les limites d’une thèse provocatrice

Le livre pousse ses thèses jusqu’au bout, parfois au risque de la caricature. Affirmer que le feedback ne sert à rien peut être mal interprété par des managers qui en déduiraient qu’il ne faut plus rien dire aux collaborateurs en difficulté.

Les exemples viennent principalement de grandes organisations américaines. Les dynamiques d’une équipe chez Cisco ou Deloitte ne sont pas exactement celles d’une PME française de 15 personnes. L’adaptation au contexte reste nécessaire.

Le livre n’est disponible qu’en anglais. Aucune traduction française n’existe, ce qui limite sa diffusion auprès des managers francophones moins à l’aise avec la langue.

Certaines affirmations manquent de nuance. Dire que « le leadership n’est pas une chose » peut laisser penser qu’il n’y a rien à apprendre en matière de direction d’équipe. Ce que les auteurs veulent dire, c’est qu’il n’existe pas de modèle unique, pas qu’il n’y a rien à développer.

Enfin, remettre en cause le feedback revient à remettre en cause une pratique devenue quasi-sacrée dans les organisations modernes. Les DRH et les coachs formés à donner du feedback constructif peuvent se sentir attaqués et résister aux conclusions du livre.

FAQ

Ce livre existe-t-il en français ?

Non. « Nine Lies About Work » n’a pas été traduit en français. Il est disponible en anglais en format papier, ebook et audiobook. Le style est accessible et les concepts sont illustrés par des exemples concrets.

Les auteurs sont-ils contre tout feedback ?

Non. Ils distinguent le feedback évaluatif (noter, juger) du feedback attentionnel (remarquer, souligner ce qui fonctionne). C’est le premier qu’ils critiquent, pas le second. L’attention positive reste leur recommandation principale.

Ce livre est-il applicable dans une petite entreprise ?

Oui. Les principes fondamentaux s’appliquent quelle que soit la taille de l’organisation. L’importance de l’équipe proche, l’attention portée aux forces plutôt qu’aux faiblesses, la limite des évaluations subjectives sont valables partout.

Les évaluations de performance sont-elles inutiles ?

Les auteurs critiquent les évaluations annuelles basées sur des notations subjectives. Ils recommandent des points fréquents, centrés sur des questions simples comme « Qu’est-ce qui a bien fonctionné cette semaine ? » plutôt que des grilles d’évaluation complexes.

Comment appliquer ces idées si mon entreprise a des processus RH établis ?

Commencez par votre propre équipe. Les pratiques managériales au niveau de l’équipe ont plus d’impact que les processus corporate. Portez plus d’attention positive à vos collaborateurs sans attendre que les RH changent leurs formulaires.

Ce livre remet-il en cause toute la fonction RH ?

Il remet en cause certaines pratiques devenues des dogmes. Il invite les professionnels RH à questionner l’efficacité réelle de leurs outils plutôt qu’à les appliquer par habitude. C’est une invitation à l’esprit critique, pas une condamnation globale.

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