En bref : Après la liquidation de sa propre entreprise, Stéphane Degonde a interviewé 51 entrepreneurs pour identifier les 100 risques majeurs qui menacent une création. Son constat ? L’entrepreneur lui-même, par ses excès et ses émotions, constitue souvent la première source de danger pour son projet.
Stéphane Degonde, l’entrepreneur qui a appris de son échec
« Quatre ans pour lancer une startup. Quatre minutes pour la liquider. » Cette phrase d’ouverture donne le ton. Stéphane Degonde ne théorise pas depuis un bureau de consultant. Il parle d’expérience. Pendant cinq ans, il a créé et dirigé CincoSenso, une société spécialisée dans les solutions de paiement privatives. Avant cela, plus de dix ans chez PwC et IBM Global Services en stratégie, business development et ingénierie financière.
La fin brutale de son entreprise l’a poussé à une introspection radicale. Qu’est-ce qui n’avait pas fonctionné ? La réponse l’a surpris lui-même. La fragilité de l’entreprise avait été cultivée sans même en avoir conscience. Les décisions prises sous l’effet de l’urgence, les signaux d’alerte ignorés, les risques minimisés par optimisme.
Publié chez Le Passeur Éditeur, « J’ose entreprendre ! 100 risques à éviter pour réussir » est le guide que Degonde aurait voulu avoir avant de se lancer. Il a interviewé 51 entrepreneurs de haut vol pour confronter son expérience à la leur. Le résultat : cent chapitres courts et structurés, chacun consacré à un risque spécifique.
L’entrepreneur comme première source de risque
La thèse centrale du livre bouscule l’image héroïque de l’entrepreneur. Ce n’est pas le marché, les concurrents ou la conjoncture qui tuent la plupart des entreprises. C’est le fondateur lui-même. Ses excès, ses émotions, ses angles morts.
Degonde identifie plusieurs catégories de risques liés à la personne du dirigeant. Le déni face aux difficultés financières. L’incapacité à déléguer quand l’entreprise grandit. La confusion entre le compte de l’entreprise et le compte personnel. L’isolement progressif qui empêche de recevoir des feedbacks honnêtes.
Cette perspective n’est pas culpabilisante. Elle est libératrice. Si la principale source de risque est l’entrepreneur, alors l’entrepreneur peut agir dessus. Il ne dépend pas uniquement de facteurs externes. Son travail sur lui-même devient un levier de pérennité pour son entreprise.
Une structure pratique en 100 chapitres
Chaque chapitre suit le même format. Description du risque. Évaluation de sa gravité avec des statistiques quand elles existent. Témoignages d’entrepreneurs qui l’ont vécu. Solutions concrètes pour l’éviter ou le surmonter. Cette structure permet une lecture non linéaire. On peut consulter le livre comme un manuel de référence selon les difficultés rencontrées.
Les risques couvrent l’ensemble du parcours entrepreneurial. La phase de création avec ses illusions sur le marché. La croissance avec ses tensions sur la trésorerie. Le management avec ses défis humains. La gouvernance avec ses relations parfois conflictuelles entre associés.
Degonde ne se contente pas d’énumérer les dangers. Il propose des solutions souvent marquées par le bon sens. Mais un bon sens que l’urgence et l’enthousiasme font trop souvent oublier. Séparer strictement les comptes personnels et professionnels. Constituer une réserve de trésorerie avant d’en avoir besoin. Formaliser les accords entre associés dès le départ, quand tout va bien.
Ce que ce livre change pour un créateur d’entreprise
La première valeur du livre est préventive. Un entrepreneur qui le lit avant de se lancer évitera des erreurs coûteuses. Pas toutes, mais beaucoup. Connaître les risques ne garantit pas de les éviter, mais ignorerles garantit d’y tomber.
Deuxième apport : la normalisation des difficultés. L’entrepreneur isolé peut croire que ses problèmes sont uniques. Découvrir que 51 dirigeants expérimentés ont traversé les mêmes épreuves rassure et déculpabilise. Les difficultés font partie du jeu. Ce qui compte, c’est la façon de les gérer.
Troisième bénéfice : le livre pousse à l’anticipation. Beaucoup de risques se gèrent mieux en amont. Un pacte d’associés bien rédigé évite les conflits ultérieurs. Une réserve de trésorerie constituée en période faste permet de traverser les creux. L’entrepreneur averti prépare les mauvais jours quand les bons arrivent.
Enfin, l’ouvrage invite à un travail sur soi. Si le dirigeant est la première source de risque, alors le développement personnel devient un enjeu business. Apprendre à gérer son stress, à demander de l’aide, à accepter la critique. Des compétences souvent négligées dans les formations à l’entrepreneuriat. Les réflexions de Brené Brown sur la vulnérabilité prolongent utilement cette dimension.
Les limites de l’approche par les risques
Le format en 100 chapitres a ses inconvénients. La structure impose une certaine répétitivité. Certains risques se recoupent. D’autres auraient mérité un traitement plus approfondi. La contrainte du chiffre rond, cent, semble parfois artificielle.
Le livre reste très centré sur le contexte français. Les témoignages, les statistiques, les références juridiques concernent principalement l’hexagone. Un entrepreneur qui se lance à l’étranger ou dans un contexte international y trouvera moins de ressources directement applicables.
On peut aussi questionner le biais de sélection. Les 51 entrepreneurs interviewés sont des « entrepreneurs de haut vol ». Survivants, pour la plupart. Leur vision des risques est forcément colorée par leur propre parcours. Les entrepreneurs qui ont tout perdu et n’ont pas rebondi ne sont pas dans le livre.
Enfin, l’approche par les risques peut paraître défensive. Certains lecteurs préféreront des ouvrages plus offensifs, centrés sur les opportunités plutôt que sur les dangers. Entreprendre, c’est aussi prendre des risques calculés. Trop de prudence tue parfois autant que trop d’audace.
Questions fréquentes sur J’ose entreprendre
Pourquoi Stéphane Degonde a-t-il écrit ce livre ?
Après la liquidation de sa propre entreprise, Degonde a voulu comprendre ce qui avait mal tourné. Il a réalisé que sa propre responsabilité de dirigeant était engagée. Le livre est le guide qu’il aurait aimé avoir avant de créer.
Combien d’entrepreneurs ont été interviewés pour ce livre ?
Cinquante et un entrepreneurs ont partagé leur expérience avec l’auteur. Leurs témoignages illustrent chacun des 100 risques identifiés et apportent une dimension concrète aux conseils proposés.
Ce livre convient-il aux entrepreneurs déjà lancés ?
Le livre s’adresse autant aux créateurs en phase de lancement qu’aux dirigeants d’entreprises établies. Certains risques concernent spécifiquement la croissance ou la gouvernance de structures matures.
Quelle est la thèse centrale du livre ?
L’entrepreneur, par ses excès et ses émotions, constitue la première source de risque de son entreprise. Cette prise de conscience permet d’agir sur soi-même plutôt que de subir des facteurs externes incontrôlables.
Les 100 risques sont-ils classés par catégories ?
Les risques couvrent différentes dimensions : financière, opérationnelle, stratégique, humaine. La structure en chapitres courts permet une consultation thématique selon les difficultés rencontrées par le lecteur.
Qui est Stéphane Degonde aujourd’hui ?
Après son expérience entrepreneuriale, Degonde est devenu consultant, coach en entrepreneuriat et conférencier. Il tient un blog sur L’Express, écrit pour la Harvard Business Review et enseigne à The School of Life Paris.
Le livre propose-t-il des solutions ou seulement des risques ?
Chaque chapitre décrit un risque, l’évalue avec des données chiffrées quand c’est possible, et propose des solutions concrètes. L’approche se veut pratique et applicable, pas seulement descriptive.

