En bref : Publié en 1910, ce court ouvrage de Wallace Wattles pose les bases de la pensée positive appliquée à l’argent. Sa thèse : la richesse n’est pas une question de chance ou de compétition, mais de pensée créative et d’action alignée. Penser d’une « certaine manière », cultiver la gratitude et agir sans attendre. Un livre fondateur du développement personnel moderne, malgré ses aspects ésotériques.
Peu de gens connaissent Wallace Wattles. Pourtant, sans lui, The Secret n’aurait probablement jamais existé. Rhonda Byrne a raconté dans plusieurs interviews que c’est la lecture de ce petit livre de 1910 qui l’a sortie d’une période sombre et lui a donné l’idée du film puis du best-seller mondial.
La Science de l’Enrichissement n’a rien d’un manuel de finances personnelles. C’est un texte métaphysique, parfois déroutant, qui affirme que la pensée peut littéralement créer la richesse. Une proposition audacieuse, contestable sur bien des points, mais qui a influencé des générations d’auteurs et de lecteurs en quête de réussite.
Un fermier de l’Illinois devenu figure du New Thought
Wallace Delois Wattles est né en 1860 aux États-Unis. Son parcours n’avait rien de prédisposé au succès. Peu d’éducation formelle, une vie de fermier dans l’Illinois, des années de pauvreté. Selon sa propre fille Florence, il s’est longtemps senti exclu du monde du commerce et de la prospérité.
C’est par la lecture qu’il a trouvé sa voie. Il a étudié les écrits de Hegel, d’Emerson, de Descartes, de Spinoza. Ces penseurs l’ont conduit vers le mouvement New Thought, un courant américain du XIXe siècle qui mettait l’accent sur le pouvoir de l’esprit et la connexion entre pensée et réalité matérielle.
Wattles n’était pas qu’un mystique. Il s’est engagé politiquement, candidat du Parti socialiste en 1908 et 1910 dans l’Indiana. Il n’a jamais été élu, mais cette double casquette, visionnaire spirituel et militant social, donne une couleur particulière à son œuvre.
Il est mort en 1911, un an seulement après la publication de La Science de l’Enrichissement. Le livre est longtemps resté confidentiel, avant de connaître un regain d’intérêt spectaculaire grâce à The Secret en 2006. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des textes fondateurs du développement personnel moderne.
La « substance informe » et la pensée créatrice
Le cœur du livre repose sur un postulat métaphysique. Wattles affirme qu’il existe une « substance originelle informe » dont toutes les choses sont faites. Cette substance est pensante. Quand on forme une pensée claire dans cette substance, elle prend la forme de cette pensée.
L’idée puise dans des philosophies hindoues selon lesquelles « Un est Tout, et Tout est Un ». Wattles ne prétend pas inventer quoi que ce soit. Il se présente comme un compilateur pragmatique qui a testé ces principes sur lui-même avant de les partager.
L’homme, dans cette vision, est un « centre de pensée » capable de communiquer avec la substance originelle. En formant une image mentale précise de ce qu’il désire, il met en mouvement les forces qui produiront cette chose dans le monde matériel.
Soyons clairs : ce n’est pas de la science au sens moderne du terme. Le titre est trompeur. C’est de la métaphysique, voire de la pensée magique selon les critiques. Mais Wattles utilise le mot « science » pour signifier qu’il existe selon lui des lois précises, aussi exactes que l’algèbre, qui gouvernent l’acquisition des richesses.
Penser d’une « certaine manière » : le mode créatif contre le mode compétitif
La distinction la plus utile du livre oppose deux modes de pensée : compétitif et créatif.
La pensée compétitive part du principe que les ressources sont limitées. Pour gagner, quelqu’un doit perdre. On se bat pour sa part du gâteau, on surveille les concurrents, on cherche à prendre ce que les autres possèdent.
La pensée créative repose sur l’idée inverse. L’abondance est illimitée. La substance originelle peut produire tout ce dont on a besoin sans rien retirer à personne. Il n’est donc pas nécessaire de se battre. Il suffit de créer.
Cette distinction a traversé les décennies. On la retrouve dans Think and Grow Rich de Napoleon Hill, publié en 1937, et dans d’innombrables ouvrages de développement personnel depuis. L’idée d’un « mindset d’abondance » contre un « mindset de rareté » vient en grande partie de là.
Wattles insiste : pour que la pensée créative fonctionne, il faut former une image mentale claire et précise de ce qu’on veut. Pas une vague aspiration, mais une vision détaillée. Et il faut maintenir cette image avec foi et détermination, sans laisser le doute s’installer.
La gratitude comme moteur et l’action comme nécessité
Un chapitre entier est consacré à la gratitude. Pour Wattles, c’est le mécanisme central qui maintient la connexion avec la substance pensante. La gratitude produit la foi, et la foi est indispensable pour obtenir ce qu’on désire.
L’esprit reconnaissant attend continuellement de bonnes choses, et cette attente devient croyance. À l’inverse, celui qui n’éprouve pas de gratitude ne peut pas maintenir une foi vivante. Sans foi vivante, pas d’enrichissement par la méthode créative.
Mais Wattles n’est pas un pur idéaliste. Il insiste sur l’action. La pensée seule ne suffit pas. L’homme doit agir dans le monde physique pour compléter ce que sa pensée a initié. C’est sur ce point que beaucoup de lecteurs du New Thought se sont fourvoyés, note-t-il lui-même.
Son conseil pratique : agir dans le métier où l’on se trouve, donner plus de valeur qu’on n’en reçoit, faire chaque journée un succès en soi. Ne pas attendre les conditions parfaites. Agir maintenant, là où l’on est, avec ce qu’on a.
Ce que ça change pour un entrepreneur aujourd’hui
Peut-on tirer quelque chose de ce texte vieux de plus d’un siècle quand on dirige une entreprise en 2023 ?
L’idée de la « substance informe » ne passera pas l’examen d’un esprit rationnel. Mais certains principes restent pertinents, traduits en langage moderne.
Cultiver un état d’esprit d’abondance plutôt que de rareté change la façon dont on aborde les affaires. Un entrepreneur convaincu que le marché est un gâteau fixe se comportera différemment de celui qui croit pouvoir créer de la valeur nouvelle. Le premier sera défensif, le second expansif.
La visualisation claire des objectifs, débarrassée de son habillage ésotérique, rejoint ce que les psychologues du sport et les coachs recommandent aujourd’hui. Savoir précisément ce qu’on veut facilite les décisions et maintient la motivation.
La gratitude comme pratique quotidienne a fait l’objet de nombreuses études en psychologie positive. Ses effets sur le bien-être et la résilience sont documentés, même si le mécanisme n’a rien à voir avec une « substance pensante ».
Et l’insistance sur l’action quotidienne, sur le fait de donner plus qu’on ne reçoit, reste un conseil solide pour quiconque cherche à bâtir quelque chose de durable.
Les limites du livre
La Science de l’Enrichissement a des défauts évidents.
L’approche est pseudo-scientifique. Wattles affirme des choses qu’il ne démontre pas. Sa « substance informe » n’a aucune base empirique. Le titre lui-même est une promesse excessive.
Le livre glisse parfois vers la pensée magique. Si penser correctement suffit à devenir riche, alors les pauvres sont implicitement responsables de leur pauvreté. Cette logique, poussée à l’extrême, devient culpabilisante et ignore les facteurs structurels qui créent et maintiennent les inégalités.
Aucune stratégie financière concrète n’est proposée. Pas de conseil sur l’investissement, l’épargne, la gestion d’entreprise. C’est un livre sur l’état d’esprit, pas sur les mécaniques de l’enrichissement.
Le style a vieilli. Les références au « Tout-Puissant », à la « substance originelle », peuvent rebuter les lecteurs contemporains. La dimension religieuse ou spirituelle du texte ne convient pas à tout le monde.
Malgré tout, ce petit ouvrage a traversé les décennies pour une raison. Il pose des questions fondamentales sur la relation entre nos pensées et nos résultats. Et pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des idées sur la réussite et la richesse, c’est une lecture instructive, à condition de garder son esprit critique actif.
Questions fréquentes
LE LIVRE EST-IL DISPONIBLE EN FRANÇAIS ?
Oui. Plusieurs traductions existent sous le titre « La Science de l’Enrichissement ». La plus connue est celle de Marcelle della Faille aux éditions Dauphin Blanc. Le livre est aussi disponible en format audio sur Audible.
QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE CE LIVRE ET THE SECRET ?
The Secret de Rhonda Byrne s’inspire directement de ce livre mais va plus loin dans la « loi d’attraction ». Wattles insiste davantage sur l’action concrète et moins sur la seule visualisation. The Secret a aussi un format plus accessible et moderne.
WATTLES ÉTAIT-IL VRAIMENT DEVENU RICHE ?
Les informations biographiques sont limitées. Sa fille Florence affirme qu’il a appliqué ses principes avec succès après des années de pauvreté. Mais il est mort un an après la publication du livre, à 51 ans, sans fortune documentée.
CE LIVRE PROPOSE-T-IL DES STRATÉGIES FINANCIÈRES CONCRÈTES ?
Non. C’est un livre sur l’état d’esprit, pas un manuel pratique. Vous n’y trouverez aucun conseil sur l’investissement, l’épargne ou la gestion financière. C’est davantage de la philosophie que de la finance.
POURQUOI PARLE-T-ON DE « SCIENCE » ALORS QUE C’EST DE LA MÉTAPHYSIQUE ?
Wattles utilisait le mot « science » pour signifier qu’il existe selon lui des lois précises gouvernant l’enrichissement, aussi exactes que les mathématiques. C’est un usage du terme courant au XIXe siècle, mais qui ne correspond pas à la définition scientifique moderne.
CE LIVRE CONVIENT-IL AUX SCEPTIQUES ?
Difficilement. Le postulat de base, une substance pensante qui répond à nos pensées, demande une suspension du jugement critique. Les sceptiques peuvent néanmoins y trouver des réflexions intéressantes sur la psychologie de la réussite, à condition de filtrer l’habillage métaphysique.

