En bref : Svend Brinkmann propose une alternative au FOMO (Fear of Missing Out) : le JOMO, la joie de manquer des choses. Dans ce court essai, le philosophe danois défend la modération comme vertu oubliée. Face à une société qui pousse à toujours plus d’expériences, de consommation et d’optimisation personnelle, il invite à cultiver la retenue. Un livre qui rappelle aux entrepreneurs que dire non peut être plus stratégique que dire oui à tout.
Svend Brinkmann, le philosophe danois qui prône la sobriété
Svend Brinkmann est professeur de psychologie à l’Université d’Aalborg au Danemark. Il a connu un succès inattendu avec son livre précédent, Stand Firm, devenu un best-seller qui l’a propulsé comme figure intellectuelle publique dans son pays. Le prix Rosenkjær, une distinction danoise prestigieuse, est venu consacrer son travail.
Son parcours explique sa posture particulière. Brinkmann n’est pas un gourou du développement personnel qui vend des solutions miracles. C’est un universitaire qui observe les dérives de notre époque avec un regard critique. Et ce regard, il le pose sur la course permanente à l’expérience, à la consommation, à l’amélioration de soi.
The Joy of Missing Out s’inscrit dans une trilogie. Après avoir critiqué l’industrie du développement personnel dans Stand Firm, puis identifié les valeurs éthiques fondamentales dans Standpoints, il propose ici des pistes concrètes pour vivre autrement. Le livre est court, environ 90 pages, mais dense.
Pour un entrepreneur ou un dirigeant, l’intérêt est évident. Nous évoluons dans un environnement qui valorise l’hyperactivité, la multiplication des projets, l’accumulation des expériences. Brinkmann propose exactement l’inverse. Et cette inversion n’est pas un appel à la paresse ou à l’immobilisme. C’est une réflexion sur ce qui compte vraiment.
Du FOMO au JOMO : reprendre le contrôle de ses choix
Le FOMO, cette peur de manquer quelque chose, est devenu un acronyme que tout le monde connaît. Cette anxiété diffuse qui nous pousse à consulter nos notifications, à accepter des invitations, à suivre les tendances. Les réseaux sociaux ont amplifié le phénomène, mais Brinkmann va plus loin dans son analyse.
Il décrit une société entièrement construite autour du « toujours plus ». Plus de biens de consommation, plus d’expériences de voyage, plus de connaissances à acquérir, plus de développement personnel à accomplir. Ce qu’il appelle l’idéologie néolibérale a colonisé jusqu’à notre rapport au bonheur. On doit optimiser sa vie comme on optimise une entreprise.
Le JOMO, la joie de manquer des choses, est sa réponse à cette spirale. Et ce n’est pas une simple pirouette rhétorique. Brinkmann défend l’idée que choisir délibérément de ne pas faire certaines choses peut être source de satisfaction profonde. Manger un hot-dog à un arrêt de bus peut procurer autant de joie qu’un dîner dans un restaurant étoilé. Réparer une veste usée plutôt que d’en acheter une neuve. Travailler sa relation existante plutôt que de la quitter à la première difficulté.
Ce qui frappe dans son approche, c’est qu’il ne moralise pas. Il ne dit pas qu’il faut se priver par vertu ou par culpabilité environnementale. Il affirme que la retenue est en elle-même une source de contentement. La modération n’est pas une punition, c’est une libération.
L’art de la retenue dans une économie de la distraction
Brinkmann s’appuie sur des concepts philosophiques anciens pour étayer son propos. La tempérance, cette vertu cardinale des Grecs, revient au cœur de sa réflexion. Savoir se modérer n’est pas une faiblesse, c’est une compétence.
Il développe aussi une vision particulière du loisir. Pas le loisir comme simple récupération avant de retourner au travail. Pas non plus le loisir productif où l’on doit rentabiliser chaque moment libre. Un vrai loisir, fait de rituels partagés, de pratiques collectives, de moments où il est légitime de ne rien optimiser.
L’auteur évoque l’expérience du marshmallow, cette célèbre étude où des enfants qui arrivent à résister à la tentation immédiate obtiennent de meilleurs résultats plus tard dans la vie. Mais il retourne le concept. La question n’est pas seulement de savoir résister pour obtenir plus ensuite. C’est de comprendre que la capacité de retenue a une valeur intrinsèque.
Il décrit aussi ce qu’il appelle le « tapis roulant hédonique ». Cette course sans fin où chaque plaisir atteint devient vite insuffisant, où l’on s’habitue à tout et où l’on en veut toujours davantage. La modération permet de sortir de ce tapis roulant. De retrouver la capacité d’apprécier ce que l’on a déjà.
Ce que ça change pour un entrepreneur au quotidien
Un entrepreneur reçoit des sollicitations en permanence. Nouveaux projets, partenariats potentiels, opportunités d’investissement, événements à ne pas manquer. La pression du FOMO est particulièrement forte dans cet environnement.
Brinkmann invite à revoir cette logique. Dire non à un projet n’est pas un échec, c’est une décision stratégique. Refuser une opportunité pour se concentrer sur ce qui existe déjà peut être plus rentable que la dispersion. Cette idée rejoint d’ailleurs l’essentialisme de Greg McKeown qui défend lui aussi la discipline du « moins mais mieux ».
Concrètement, plusieurs principes peuvent s’appliquer. Limiter volontairement le nombre de projets en parallèle. Accepter de ne pas être présent sur tous les réseaux, à tous les événements. Cultiver la profondeur plutôt que l’étendue dans les relations professionnelles.
La notion de durabilité revient aussi. Brinkmann lie la modération individuelle à une forme de responsabilité collective. Une entreprise qui ne cherche pas la croissance à tout prix, qui accepte de rester à une taille maîtrisable, qui privilégie la solidité à l’expansion. Ce n’est pas un discours très courant dans les manuels de management.
Enfin, il y a la question de l’attention. Dans une économie où l’attention est devenue la ressource rare, savoir protéger la sienne devient un avantage compétitif. Le dirigeant qui cultive des moments sans sollicitation, qui préserve sa capacité de réflexion longue, se donne les moyens de prendre de meilleures décisions.
Un essai stimulant mais parfois trop philosophique
The Joy of Missing Out a des limites qu’il serait malhonnête de taire. Le format très court, autour de 90 pages, impose des raccourcis. Certains concepts auraient mérité un développement plus approfondi.
L’approche reste aussi très philosophique, parfois abstraite. Brinkmann cite Aristote, convoque des notions de vertu, parle de société durable. C’est intellectuellement stimulant, mais un lecteur cherchant des outils pratiques immédiats pourrait rester sur sa faim.
Le livre s’adresse à un public déjà sensibilisé à ces questions. Quelqu’un convaincu que la croissance illimitée est le seul horizon possible n’y trouvera probablement pas de quoi changer d’avis. Les arguments sont plus de l’ordre de l’invitation que de la démonstration imparable.
Il faut aussi noter que le livre n’existe pas en traduction française. La version originale est en danois, et seule une traduction anglaise est disponible. Cela peut constituer un obstacle pour certains lecteurs.
Pour qui ce livre est-il adapté ? Pour des entrepreneurs qui se sentent épuisés par la course à toujours plus. Pour des dirigeants qui cherchent une permission intellectuelle de ralentir. Pour des lecteurs qui apprécient les essais qui font réfléchir plutôt que les méthodes en dix étapes.
FAQ
À qui s’adresse The Joy of Missing Out ?
Ce livre parle aux personnes qui ressentent une fatigue face à l’injonction permanente du « toujours plus ». Entrepreneurs épuisés, cadres submergés, ou simplement lecteurs en quête d’une réflexion sur la modération. Il faut être ouvert à une approche philosophique plutôt que pratique.
Le livre est-il disponible en français ?
Non, The Joy of Missing Out n’a pas été traduit en français à ce jour. Il existe en version originale danoise et en traduction anglaise. L’écriture de Brinkmann reste accessible même pour des lecteurs non natifs anglophones.
Quelle différence entre le FOMO et le JOMO ?
Le FOMO est la peur de manquer quelque chose, cette anxiété qui pousse à tout vouloir faire et vivre. Le JOMO est son contraire : la joie délibérée de choisir de ne pas participer, la satisfaction de la retenue volontaire.
Ce livre propose-t-il des exercices pratiques ?
Pas vraiment. C’est un essai philosophique qui invite à la réflexion plutôt qu’un guide avec des exercices. Brinkmann pose des questions, propose des perspectives, mais laisse au lecteur le soin de trouver ses propres applications.
Quel lien avec les autres livres de Svend Brinkmann ?
The Joy of Missing Out complète Stand Firm et Standpoints. Le premier critique le développement personnel, le second identifie des valeurs éthiques fondamentales, celui-ci propose des pistes pour vivre selon ces valeurs. Ils peuvent se lire indépendamment.
La modération est-elle compatible avec l’ambition entrepreneuriale ?
Brinkmann ne rejette pas l’ambition. Il distingue l’ambition ciblée de la dispersion compulsive. Un entrepreneur peut être très ambitieux sur un projet précis tout en refusant de courir après toutes les opportunités. La modération devient alors un outil au service de l’efficacité.
Combien de temps faut-il pour lire ce livre ?
Avec ses 90 pages environ, le livre se lit en une à deux heures. Mais c’est un texte qui gagne à être relu et médité. Les idées sont simples en apparence, plus profondes qu’elles n’en ont l’air.

